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Le Milieu des cités

Le Milieu des cités
Le Milieu est riche d'une histoire forte qui remonte au duo marseillais Carbone et Spirito ou aux frères Guérini qui, tous, en leur temps, ont utilisé les meilleures armes et les voitures les plus rapides pour assouvir leur soif du pouvoir, d'argent et défier les forces de l'ordre. Ce concept est toujours d'actualité. Pourtant, une nouvelle criminalité s'est progressivement mise en place. Celle des cités. Ces dernières constituent aujourd'hui une véritable pépinière du Milieu et remplacent les quartiers d'autrefois. Ceux des bandes et leur petit Milieu fermé. Un territoire hermétique et contrôlé. Pas toutes les cités bien sûr. Quelques une, où les trafics permettent de faire vivre une petite partie de la communauté, se distinguent. Recel de marchandises volées, attaques à main armée, trafics de faux documents, de stupéfiants, d'armes, de voitures volées... Les activités ne manquent pas. En une quinzaine d'années, ces cités ont basculé de la petite délinquance vers le grand banditisme.

Les banlieues les plus « malfrates » sont à chercher en Ile-de-France, qui regroupe près de 50% des cités, mais aussi dans le Nord-Pas-de-Calais (Tourcoing, Roubaix, la banlieue lilloise), Rhône-Alpes (banlieue lyonnaise, grenobloise et stéphanoise) ou encore la Côte d'Azur, avec Nice et Marseille. En Ile-de-France, les Hauts-de-Seine (Nanterre, Colombes, Gennevilliers) sont réputées pour être des plaques tournantes de la drogue. Ces trois villes fournissent les autres banlieues en stups. La région limitrophe du 93 et du 94 (notamment Bel-Air et Lariboisière à Montreuil) fournit la fine fleur du braquage. Une véritable tradition dans ces deux départements. Dans les environs de Marseille ou de Lyon, les gars des cités sont quant à eux dans pratiquement tous les trafics.

Ainsi, en quelques années, certains de ceux que l'on considérait comme des petits lascars se sont transformés en véritables caïds de premier plan. Les petits délinquants se sont en effet mués en grands professionnels. Beaucoup ont fondés leur ascension sur le trafic de stupéfiants, notamment le cannabis, qui représente une grande partie du business. Le cannabis, c'est dix milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et 80% de l'économie souterraine des banlieues, autrement dit la première vache à lait des caïds de banlieue, avec, dans une moindre mesure, la cocaïne, l'héroïne, l'ecstasy... Les gangs des cités en importent entre 700 et 1 000 tonnes par an. Aujourd'hui, les principaux caïds maîtrisent toute la chaîne, de l'importation jusqu'à la distribution au détail. Ils se sont enrichis, ce qui leur a permis de s'armer, d'organiser des équipes. Avec l'éclatement du bloc de l'Est, ils ont eu accès plus facilement à des armes lourdes : des fusils d'assaut, des grenades, des explosifs... Ils ont donc acquis l'argent et les outils pour monter en gamme et construire de véritables petites organisations criminelles règnent sur leur territoire. On ne peut toutefois parler d'un phénomène de « mafiaïsation ». En effet, beaucoup de truands ont de plus en plus tendance à se regrouper pour un coup en fonction des compétences où de la réputation des uns et des autres.

Les stupéfiants ne constituent toutefois pas la seule source de revenu de cette nouvelle criminalité. Les vols à main armée, les braquages de magasins, de bijouteries, de transports de fonds arrivent au deuxième rang des activités les plus prolifiques. Le troisième volet, c'est le trafic de voitures. 170 000 voitures sont volées chaque année en France, dont une bonne partie par les caïds des cités. Ensuite, on retrouve ces derniers un peu partout au gré des opportunités : la contrefaçon, la falsification de cartes bleues, les vols de marchandises. Le vol de fret, par exemple, est en plein essor. Il augmenté de 25% en sept ans, passant de 1 800 à 2 400 cas. Pour une facture globale de 360 millions d'euros.

Ainsi, nous avons affaire à de véritables multicartes. Ceci est principalement dû à l'évolution de la société. La grande criminalité a plus de difficulté à vivre. L'argent liquide se fait plus rare et les dispositifs de sécurité sont plus sophistiqués. Du coup, les caïds de banlieue deviennent opportunistes et cherchent sans arrêt de nouveaux créneaux. Cette difficulté à vivre peut également expliquer la violence extrême dont font parfois preuve ces nouveaux caïds, qui, pour certains, n'hésitent pas à tuer pour des butins parfois assez maigres. Ils s'attachent en effet à amasser le maximum de valeur en un minimum de temps.

Pour conclure, il convient de signaler que ce « Milieu des cités » ne vient pas forcément en substitution du Milieu traditionnel. Ce dernier, quoiqu'en disent certains, qui on vu en l'assassinat de Francis le Belge un passage de témoin, est encore bien présent, notamment dans le sud de la France. Ces deux milieux ont plutôt tendance à cohabiter. Il existe même des passerelles entre eux. Certains grands voyous traditionnels peuvent recruter des braqueurs de cités, plus jeunes, comme hommes de main. L'adieu au Parrain n'est pas encore pour demain...
# Posté le lundi 05 mars 2007 07:42

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