L'épopée des machines à sous

L'épopée des machines à sous
Roll-a-top, Bace, Poker, Bingo... Ce sont en apparence de simples jeux de comptoirs, d'arcade, des machines d'adresse, des flippers, des jeux vidéo qui ont été modifiés secrètement par l'adjonction de logiciels qui les transforment en machines à sous. Le joueur, au lieu de gagner des parties gratuites ou des bricoles, gagne de l'argent avec des mises par exemple de 2 à 3 euros pour une vidéo poker. La machine fonctionne en jeu d'adresse tant que le logiciel n'est pas activé. Il le sera, soit par le cafetier derrière le bar, soit par le joueur, connu de la maison, et qui procède sur la baraque, à une manoeuvre spéciale comme appuyer plus de dix secondes sur un bouton et poursuivre par deux impulsions, etc. Les gains du joueur lui seront discrètement payés dans les toilettes par le cafetier. La baraque rétrocèderait aux gagnants de 40 à 50 % des enjeux selon certains. Ce n'est pas l'avis du Directeur Régional de la police judiciaire de Marseille qui estime ce chiffre à 20 % maximum.

Depuis plus de deux décennies, les machines à sous constituent un des business majeur du Milieu. Interdites en 1937, les machines à sous vont faire leur réapparition dès la fin de la Guerre. A cette époque, la tolérance est de mise. Mais c'est à la fin des années 1970, avec notamment l'avènement des « Poker » dans la région marseillaise, que l'attrait des truands vis à vis des bandits manchots va véritablement se dévoiler. Très rapidement, de plus en plus d'intéressés vont se manifester sur ce marché, un marché qui va progressivement s'étendre vers le Nord, pour aller jusque Paris en 1980.

Faisant de l'ombre à la Française des jeux, les machines seront à nouveau interdites au début des années 80. Elles ne vont pas disparaître pour autant. Au contraire, leur nombre ne va faire que croître, pour la simple raison qu'elles offrent plusieurs avantages. Tout d'abord, les baraques s'avèrent être une source de revenu plus qu'honorable (on parle de 4000 euros par mois et par machine à la belle époque, dont la moitié pour le cafetier ; nous y reviendrons) aussi bien pour le placeur que pour le cafetier. Il neest donc pas étonnant de voir des bistrotiers leur tendre les bras. D'autre part, le risque est limité. Tout au plus 2 ans de prison, 30 000 euros d'amende et des droits de fraude prélevés par les Douanes, ce qui est dérisoire pour les délinquants au regard des gains potentiels. D'ailleurs, les réseaux protégent leurs clients, payent les amendes et vont même jusqu'à dédommager les bars condamnés par les Préfets à une fermeture administrative de six mois à la condition cependant que les tenanciers acceptent de reprendre les baraques lors de leur réouverture. Deux inconvénients, et non des moindres, viennent toutefois ternir le tableau. Premièrement, le capital de départ à amener pour se créer un parc intéressant peut s'avérer élevé pour le petit truand : A 4000 euros la machine (achetée en Belgique via une société « de paille »), une petite équipe devra se résoudre à compter ses bécanes sur les doigts d'une main. Deuxièmement, l'espace n'étant pas infini, le risque de tension entre les acteurs de marché est bien réel. D'autant plus que ces acteurs sont nombreux, une multitude d'équipes, de taille plus ou moins importantes, se partagent le territoire. C'est ce que nous détaillerons ultérieurement.

On estimait il y a quelques années qu'au regard des 13 000 machines installées dans les casinos, existe un parc de 6 000 appareils clandestins installés dans les bars de province et de 400 en banlieue parisienne. Quelqu'un connaît-il vraiment ce chiffre ? c'est peu probable. Pour certains experts étrangers « l'estimation basse » des autorités françaises est très éloignée de la réalité et ils pensent qu'il y a déjà 100 000 machines clandestines en service chez nous ; chiffre n'est pas forcément étonnant quand on sait qu'en Espagne on en compte 252 000 et 227 000 en Allemagne, toutes légalisées.

Comme nous l'évoquions ci-dessus, le business rapporte. Certains parlent de 2 000 F par jour pour les emplacements les plus productifs. C'est bien l'avis du Directeur Régional de la police judiciaire de Marseille qui estime ces rapports à 20 à 60 000 F par mois et par machine. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce qu'on estime à 2 milliards de francs le chiffre d'affaire du parc clandestin (6 000 machines au minimum selon la police ) à rapprocher des 9 milliards de francs du produit brut des jeux des machines à sous légales. S'il fallait croire à l'estimation de 100 000 machines rapportant 30 000 francs par mois, ceci représenterait 36 milliards de francs par an ! C'est peut être beaucoup !

Par ailleurs, la répression de ce nouveau phénomène criminel est très difficile à effectuer parce quelle réclame du renseignement, (les dénonciations sont exceptionnelles ), de longues enquêtes préliminaires de la police nationale, de la gendarmerie et des douanes, très souvent associées dans ces opérations délicates.
Planques nocturnes, observation des bars suspects, repérage et filature des placeurs pour identifier le réseau des machines placées (souvent imposées aux cafetiers sous la menace), dépôts et ateliers, saisine du Parquet, commissions rogatoires, descentes massives de police (dans plusieurs dizaines de bars simultanément), saisies des carnets de gains, des machines, arrestations, mises en examen, instruction, procès. C'est un combat très difficile. Pour le SRPJ de Marseille, la principale difficulté provient du fait que ce genre de délit est mineur et qu'il n'y a pas même la possibilité d'une présentation à un magistrat ; pas même celle de demander une commission rogatoire pour diligenter un contrôle des machines suspectes.

Ainsi, les baraques appelées aussi gagneuses (surnom réservé jusqu'ici aux prostituées), ne balancent pas, ne sont jamais malades et rapportent un argent fou ! Mais dans les années 90, comme le laissions entendre plus haut, de nombreux règlements de compte liés aux machines à sous vont avoir lieu dans le sud de la France. Un des premiers gros bonnets à en faire les frais sera le demi-frère (et accessoirement bras droit) de Gaétan Zampa. Celui-ci était à la tête d'un parc de 500 machines placées dans le sud de la France, notamment à Marseille et à Cannes. Après une première tentative d'assassinat alors qu'il était incarcéré à Luynes, il se fera descendre en 1997 sur le parking d'un supermarché de Istres en compagnie de sa compagne. Un différent entre associé sur la répartition des revenus aura eu sa peau. Même punition l'année suivante pour Charly la Gâchette, descendu avec un ami vraisemblablement par d'anciens membres du clan Zampa ; pour Serge, un caïd nîmois ayant exercé dans le braquage et la drogue avant de se lancer dans les machines à sous, tué à la Marseillaise (deux hommes en moto) en 1999 alors qu'il circulait en voiture. Dans la foulée, 5 alliés de Serge subiront le même sort. Puis vint le tour de Marc, une valeur montante, considéré par les médias comme le Parrain du Vaucluse (suspecté d'être le commanditaire de l'assassinat de Serge), détenteur d'une cinquantaine de baraques dans le Vaucluse qui lui permettaient d'investir dans le shit (il était à la tête d'un trafic franco-espagnol), tué dans sa voiture dans la région parisienne en 2000. Deux de ses lieutenants tomberont eux aussi dans la même période. Plus chanceux, R le Chinois, vedette de la « profession », ne sera condamné qu'à six ans de prison en 2001. Enfin, la même année, deux autres placeurs seront arrêtés. Pour clore la série, signalons les assassinats d'Antoine et Marc M (le second détenait une société de jeux électroniques), tués à Rochefort-le-Grand en 2001 par des caïds du Gard. En tout, une quarantaine de morts ont été recensées dans le sud entre 1995 et 2003.

Il n'y a pas que dans le sud que les machines à sous font parler d'elles. Entre 1994 et 1996, quatre bistrotiers sont assassinés à Grenoble, victimes de caïds locaux qui n'auraient pas apprécié que des membres du clan du Belge viennent placer sur leur territoire. Face à la résistance locale, ceux-ci n'insisteront pas très longtemps. Cinq morts en 2002 viendront compléter la liste. Idem dans la région parisienne, où les baraques sont là aussi une source de revenus juteux. Et de sang versé. Une des premières grosses pointures à en faire probablement les frais fut Francis le Belge, tué en Septembre 2000 dans un bar PMU de la rue d'Artois. Celui-ci était suspecté d'avoir le contrôle des machines à sous placées aux Champs-Elysées, ce qui n'aurait pas plus à ses assassins. D'autres assassinats liés de près ou de loin aux machines à sous vont suivre dans la région parisienne. A commencer par celui de Farid, criblé de 11.43 et de balles de fusil de chasse alors qu'il détache son scooter, puis ce fut au tour de Antonio, assassiné avenue Georges V au volant de sa Mercedes. En ce qui concerne Patrice, c'est à l'intérieur d'une Jaguar qu'il recevra les balles de tueurs en moto rue Saint-Maur. Soucieux de ne pas laisser le terrain parisien en friche, de nouveaux acteurs vont faire leur apparition sur le marché parisien des machines à sous. On pense notamment à J le Turc, placeur à Sarcelles, Villejuif, Bondy ou encore Saint-Ouen jusqu'à son arrestation en 2002 ou encore à Michel Ardouin, dit le Porte-avions (dont on connaît les liens qu'il a pu avoir avec Mesrine et Genova), lui aussi placeur dans la banlieue parisienne.

Moins porteur qu'à la fin des années 90, le marché des machines à sous continue tout de même de rapporter des revenus intéressants. On notera pour terminer que depuis trois ans, de nouvelles machines venues de Suisse, à priori indétectables, ont fait leur apparition.

# Online seit Sonntag, 03. April, 2005 um 15:58

Geändert am Freitag, 25. Mai, 2007 um 03:42

Antonio Ferrara, nouvelle figure du Grand-Banditisme.

Antonio Ferrara, nouvelle figure du Grand-Banditisme.
En complément de l'article "les nouveaux caïds"


Antonio Ferrara, dit "Nino", ou encore « Succo », en référence au sérial-killer atteint de folie qui a sévit dans le sud de la France il y a une vingtaine d'années, est né en Italie en 1973. Il arriva en France en 1983, dans une cité du Val-de-Marne (Choisy-le-Roy). Il ne sait alors ni lire ni écrire. Petit (il mesure 1m65), trapu, son premier délit fut un vol d'accessoires de voiture, alors qu'il était âgé de 18 ans. Rien de bien méchant. Trois ans plus tard, il sera deux fois condamné avec sursis pour outrage à agent. Ne respectant pas la mise à l'épreuve, il subira sa première incarcération en 1996. C'est là, à Fleury, que Nino va faire son éducation de braqueur, en fréquentant les caïds de la banlieue sud. A sa sortie, les choses sérieuses vont véritablement commencer. Pas question d'emboîter le pas de son père qui vend des pizzas sur les marchés.

En 1997, il se retrouva mêlé à deux braquages, à Soisy-sur-Seine et à Yerres. Retour à la case prison. Pas pour bien longtemps. Le 7 août 1998, sous prétexte de quelques douleurs, il est transféré à l'hôpital de Corbeil-Essonnes. L'occasion rêvée pour se faire la malle. Trois complices vont asperger de gaz lacrymogène les gardiens qui l'accompagnent. Nino est à nouveau libre.

Un peu plus de quatre mois après avoir retrouvé l'air libre, il est de nouveau mêlé à une affaire. Le 26 Décembre 1996, deux camions blindés sont attaqués à Paris, Porte de Gentilly. L'un parvient à se dégager, l'autre subira l'assaut des malfaiteurs. Ouvert à l'explosif, 34 millions de francs sont dérobés. L'ADN de Nino sera retrouvé sur place. Mais il échappera aux mailles du filet. Ferrara a véritablement trouvé sa place dans le milieu criminel en pleine mutation, de plus en plus violent. Il est charismatique, il s'impose. Les policiers retrouvant sa signature dans des braquages successifs de fourgons blindés, il est devenu une « figure » du Grand Banditisme. Nino, dit un commandant de police, c'est un poids-lourd du grand banditisme, très dangereux parce que très intelligent.

Le 12 juillet 2002, il est arrêté à proximité de la gare RER d'Athis-Mons. Lors de cette arrestation, les policiers retrouveront dans sa poche la clé de planque de Joseph Mencone, alors en cavale depuis son évasion de la prison de Borgo en 1998. Nino sera alors condamné à quatre ans de prison pour son évasion. En septembre 2002, il tentera de s'évader de sa cellule de la Santé. Echec. Des détonateurs ayant été retrouvé par les gardiens de prison, il sera transféré à Fresne. Encore une fois pas pour très longtemps.

Le 12 Mars 2003, alors qu'il vient d'être condamné à huit ans de réclusion par la cour d'assises de l'Essonne pour deux braquages de banques, des hommes déguisés en policier et armés jusqu'aux dents vont exploser au bazooka la porte d'entrée de la prison de Fresne, arrosé les miradors au fusil d'assaut, exploser une seconde grille à l'explosif tandis que Ferrara souffle lui même les barreaux de sa cellule! En moins de dix minutes, le « roi de la belle » est dehors. Il entre alors dans une nouvelle cavale mais sera repris en juillet de la même année, interpellé alors qu'il était accoudé au comptoir d'un bar du 12ème arrondissement à Paris avec un pistolet CZ automatique sur lui. Il n'a pas le temps de réagir. Il lâchera seulement un « merde, encore l'OCRB ». Durant ses quatre mois de cavale, les policiers le suspectent d'avoir participé à un trafic de stupéfiants. Incarcéré à Fleury-Mérogis, il est placé "à l'isolement total".

# Online seit Montag, 28. März, 2005 um 15:45

Geändert am Freitag, 25. Mai, 2007 um 03:42

Le Milieu Varois

Louis Regnier

Louis Regnier, dit "Loulou" est né en 1922 à Hyères. Contrairement à bon nombre de ses collègues issus d'un milieu modeste, Loulou est lui issu d'un famille qui a fait fortune dans les assurances. Après des études plutôt réussies, il monta à Paris apprendre le métier. Son premier gros fait d'arme aura lieu en 1958, lorsqu'il fut condamné à perpétuité pour l'assassinat d'un souteneur grenoblois. Il sera toutefois acquitté suite à un pourvoi en cassation. Il se dirigera ensuite vers la prostitution et prendra le contrôle du quartier de La Seyne où se trouvent bon nombre de bars et discothèques. Proche des Milieu corses et marseillais, il appuiera les campagnes électorales du Sénateur-Maire socialiste de Draguignan. Malgré les nombreux trafics internationaux (Allemagne et Belgique) auxquels il participa, il décédera avec un casier judiciaire vierge en 2003. Son successeur, qu'il a lui-même propulsé dans le Milieu, ne tardera à arriver sur le devant de la scène.


Jean-Louis Fargette (1948 – 1993)

Jean-Louis Fargette, dit « Savonnette » ou encore « Le Grand », est né en 1948 à Toulon, dans le quartier de la Loubière, d'un père militaire. Débarqué de Nouméa où son père était en poste, Fargette, sous l'aile de Loulou, fit son apprentissage dans le mitan. En 1971, il sera fiché au Grand Banditisme. Il débuta sa carrière par l'achat d'un bar (Le Tonneau) à Toulon, place du théâtre. Une réplique contre des racketteurs lui vaudra alors 15 mois de prison avec sursis. S'ensuit l'acquisition d'un second établissement dans le quartier du Chapeau Rouge et une prise d'intérêts dans une boîte parisienne.
De retour dans la région, Fargette va commencer à tisser des liens avec le monde politique, plus précisément avec le maire de Toulon. Même si ce dernier a toujours nié ses relations avec le caïd, on saura plus tard que Fargette a assuré l'intendance de ses campagnes électorales. D'ailleurs, en 1973, Savonnette crée le CAM, le Comité d'Action de la Majorité, en soutien à la droite toulonnaise.
Dans le même temps, « Savonnette » continuera son ascension. Avec le soutien de ses deux frères et de quelques amis, il parviendra à exploiter quatre boîtes puis créa une société de distribution de boissons en 1980. Il est alors devenu le « boss » de la région. Il va également s'intéresser de très près au projet de construction de logements et à l'implantation d'un casino à Hyères. Il va aussi calculer ce que pourrait lui rapporter une usine de ciment à construire dans ces parages.
En 1982, il fut condamné à un an de prison pour recel de malfaiteurs. C'est alors qu'il débuta une cavale, avant de se faire arrêté en compagnie d'un truand italien. Il se réfugiera alors en Italie, tout en poursuivant ses affaires basées sur le trafic de fausses monnaies et les machines à sous. Le richissime et intelligent truand gère également par lieutenants interposés son empire de la limonade et du disco dans le Midi.
Sous peine de se voir réclamer 700 000 euros par le fisc, il ne retournera plus dans sa région, tout du moins vivant. Son règne fut en effet stoppé net le 18 mars 1993 (soit dix ans jour pour jour avant la mort de son prédécesseur Louis Régnier), date à laquelle il sera abatu devant sa résidence italienne.
Les deux ans suivant sa mort seront marqué par une guerre de succession. Une douzaine de morts et une vingtaine d'attentats à l'explosif seront en effet recensés.

# Online seit Montag, 28. März, 2005 um 13:31

Geändert am Sonntag, 25. Februar, 2007 um 13:30

INFORMATIONS

Voici 5 autres skyblogs à voir si vous vous intéressez au Milieu et à la Mafia

http://lunik-parrain.skyblog.com , que tout le monde connaît, orienté vers la pègre française, très bien fait, de très bonnes biographies (notamment celle des frères Guerini qui est très complète) ainsi que de bons articles sur les « métiers » du Milieu.

http://dee-lock.skyblog.com , avec pas mal de bio de mafioso italo-américain (lucky luciano, john gotti…) ainsi que de figures du grand banditisme

http://mafia88.skyblog.com/, ici c'est 100% mafia sicilo-américaine, avec des biographies de nombreux caïds ainsi que du descriptif événementiel

http://francis-le-belge.skyblog.com/, tout est dans le titre du skyblog.

http://john-gotti.skyblog.com, là encore, tout est dans le titre...

# Online seit Dienstag, 22. März, 2005 um 13:53

Geändert am Sonntag, 11. September, 2005 um 13:38

Carbone et Spirito

Carbone et Spirito
Avant le règne de Paul Venture Carbone et François Spirito sur la cité phocéenne, la pègre était peuplée de proxénètes élégants et autres bandits dont l'idéal était d'obtenir des revenus réguliers leur permettant de vivre relativement bien. A cette époque, le type d'investissements le plus répandu consistait à contrôler deux ou trois prostituées. Rien de bien méchant. C'est en ce sens que l'association de 20 ans de ces deux amis a bouleversé le petit monde du banditisme français. Ce sont en effet les premiers a avoir bâti leur règne sur une ambition démesurée, un règne devant leur permettre de prendre le contrôle d'une ville. Une révolution. Ce n'est pas un hasard si le film Borsalino a retracé leur saga dans les années 1970.

Paul Venture Carbone est né le 1er février 1894 à Propriano, en Corse, d'un père navigateur. Alors que Paul est encore très jeune, la famille Carbone s'installe à Marseille, au Panier. Paul est alors un élève plutôt brillant, mais il devra abandonner l'école après l'obtention du Certificat d'étude pour aider sa mère devenue veuve, qui avait alors à sa charge trois enfants : Paul et ses deux jeunes frères, François et Jean. Paul découvrit le monde du travail très jeune : A 12 ans, il est vendeur de journaux puis, quelque temps plus tard, il s'engage comme matelot.

C'est à l'adolescence que Carbone se fera connaître par les services de police. Grand et costaud, Paul n'est pas avare en distribution de coups de poing. Il sera ainsi mêlé à plusieurs bagarres à Marseille. En 1914, il part pour au Bataillon d'Afrique pour réaliser son service militaire. Puis la Guerre éclate. On l'enverra à cette occasion combattre au Maroc puis à Verdun en 1917, lors de la célèbre bataille, durant laquelle il sauvera son supérieur. Cela lui voudra la médaille militaire. Carbone est alors devenu un dur, un tatoué. Une multitude de tatouages tapissent son dos, ses bras, son cou ou encore sa poitrine. Erreur de jeunesse. Devenu un caïd du Milieu, il commence à fréquenter hommes d'affaires et autres politiciens, pour qui ce genre d'artifices n'est pas vraiment entré dans les moeurs. Soucieux de son image, Paul tentera par tous les moyens d'effacer et de dissimuler ses tatouages.

La guerre terminée, Carbone se lance dans le proxénétisme. Commençant à avoir une certaine notoriété dans le Milieu, il occupe une place de choix auprès des souteneurs. Ambitieux et bien décidé à construire son empire, il se rend en compagnie de sa femme en Egypte, un bon moyen pour étendre son pouvoir. C'est justement au Caire qu'il va rencontrer celui qui deviendra son compère légendaire pendant près de 20 ans en la personne de François Spirito, dit « Lydro » en raison des cicatrices de variole qu'il porte sur son visage. Né en Italie en 1900, il débarquera à 13 ans à Marseille, avant de migrer vers le Caire où il exercera comme proxénète. Certains prétendent que Spirito a sauvé Carbone de la mort alors que celui-ci s'était retrouvé entouré vivant dans le désert par des proxénètes égyptiens.

De retour en France, les deux hommes vont commencer à se faire une jolie réputation dans le Milieu marseillais, où ils seront reconnus comme de bons racketteurs. Cette activité leur rapporte un joli pécule. D'autant plus que, pendant ce temps, leurs femmes respective se trouvent en Argentine où elles exercent dans la prostitution. Bien entendu, l'argent qu'elles récoltent revient à leurs hommes. Cet argent va leur permettre de prendre des parts dans des établissements cannois, niçois et marseillais. Les hommes de main du duo se montrent en effet suffisamment persuasifs pour convaincre les récalcitrants aux prises de participation.

En 1929, Carbone et Spirito achètent une villa au Caire, qu'ils transforment en gigantesque bordel, vers lequel sont envoyées de nombreuses « travailleuses » françaises. Les deux caïds vont ainsi très rapidement se retrouver à la tête d'un réseau de prostitution d'ampleur internationale : Ils sont en effet présent en France, au Caire, en Argentine et à Tunis. Débordant d'ambition, ils vont alors se lancer dans un nouveau métier : le trafic de stups. Carbone deviendra transitaire en cocaïne, drogue qui a fait progressivement son apparition dans le milieu de la prostitution. Paul achète la drogue et l'exporte aussitôt. A l'époque, ceci était tout à fait légal. Ce qui ne l'est pas, c'est le trafic d'Opium. C'est pourtant dans cette direction que Carbone et Spirito vont dorénavant se diriger.

Le duo va mettre en place un trafic entre L'Egypte et Marseille. En effet, les bords du Nil pullulent de revendeurs, qui proposent de l'opium venu d'Extrême-Orient. Carbone instaure alors un système de navettes entre Alexendrie et Marseille. Si plusieurs truands, notamment des corses, sont sur le marché, Carbone et Spirito vont vite avoir la main-mise dans ce domaine. Pour déjouer les autorités, ils conditionnent l'opium dans des sacs étanches lancés à la mer à l'approche du port puis récupérés plus tard par des hommes en barque. Ingénieux procédé.

Progressivement, à l'approche des années 1920, l'opium va se raréfier. La nature ayant horreur du vide, un autre produit va faire peu à peu son apparition : l'héroïne. Triple avantage : cette drogue est moins coûteuse, moins repérable (les fumeries d'opium étaient vite identifiées par la fumée qui s'en dégageait ainsi que par le va et vient des toxicomanes) et surtout plus addictive. L'Amérique va vite adopter cette poudre blanche, dès le début des années 1920. Une aubaine pour Carbone et Spirito. Le logisticien de cette activité se révélera être François Spirito. C'est en effet lui qui est en charge de l'importation du brut égyptien et de l'exportation vers l'Amérique. De manière a augmenter le prix de vente et à faciliter le transfert vers les USA, Carbone et Spirito vont se lancer dans le raffinage. Ils vont alors installer un laboratoire clandestin dans la région parisienne. Ils se lieront alors à Dominique Albertini, ancien préparateur en pharmacie, qui deviendra leur raffineur. L'affaire est lancée. Une fois raffinée, la drogue (en petite quantité au départ) est directement envoyée à New-York. Les débuts de la French Connection (voir article qui lui est consacré).

Bien installés à Marseille, Carbone et Spirito, grâce à leurs relations avec des dockers, vont réussir à conquérir le port. Une mine d'or pour le binôme qui, en plus de la prostitution, du racket et de l'héroïne, va se lancer dans des trafics en tout genre : trafic d'armes avec l'Espagne en 1936, trucage de matchs de boxe, émission de fausses monnaies... Véritables touches-à-tout, Paul Carbone et François Spirito sont alors les rois de Marseille. Ils mènent la grande vie, ce sont des flambeurs : Voiture, voiliers, restaurants de luxe, Casino... ils s'affichent dans tous les endroits select du sud de la France. Tenanciers de bars, on verra même des célébrités fréquenter leurs établissements. Pendant ce temps, des jeunes loups aux dents longues (et futurs grands) débutent leur ascension : Les frères Guérini. Ceux-ci se feront très vite remarquer par les boss de Marseille. Pour étendre leur pouvoir, les Guérini (Antoine et Barthélemy, dit « Mémé ») ont besoin de l'assentiment de Carbone et Spirito. Ceux-ci vont leur accorder le droit d'aligner des filles en l'échange de quelques coups de main, qui consistaient notamment à convaincre les tenanciers qui refusaient de leurs céder des parts. Malgré l'ascension des Guérini, la cohabitation entre les deux clans se fera sans trop de dégâts : Bien qu'ayant des intérêts différents, Carbone et Spirito d'un côté et les Guérini de l'autres fermaient les yeux sur leurs activités respectives. En 1937, Carbone et Spirito iront même jusqu'à laisser aux deux frères une grande partie du business des prostituées. En effet, vers le milieu des années 1930, le duo est occupé à Paris, où il va investir dans les bars et les boîtes de Montmartre. Carbone sera même cité dans une affaire de vol, en juillet 1931, lorsqu'un homme d'affaire grec se fait dévaliser ses bijoux à son domicile. La victime se rétractant, Carbone ne sera pas inquiété. Vers 1935, les caïds sont aperçus à toutes les bonnes tables parisiennes, ainsi que sur les champs de courses et dans les cercles de jeu.

C'est en 1931 que Paul et François vont commencer à lier des liaisons sérieuses avec le monde politique, notamment avec l'adjoint au maire de Marseille, Simon Sabiani. Un soutien de taille. En effet, les deux hommes ont bien compris l'importance d'avoir à leur côté des personnalités du monde politique : D'une part il n'est pas rare de voir la puissance publique protéger certaines organisations criminelles et, d'autre part, un rapprochement vis à vis des politiques peut être synonyme de revenus supplémentaires abondants au travers de diverses corruption.

C'est ainsi, qu'en 1931, Carbone et Spirito sont parvenus à un "accord" avec Simon Sabiani, homme politique aux tendances fascistes. Cet accord doit permettre au frère de Paul Carbone de devenir directeur du stade municipal, mais aussi d'intégrer à divers postes de l'administration plusieurs associés du clan Carbone-Spirito. En échange de ces faveurs, le duo doit organiser un corps d'élite de gangsters ayant pour mission d'être les fer de lance des manifestations fascistes du milieu des années 1930. Les deux parties y trouvent leur compte. Tout au travers de l'Europe, le mouvement fascisme prend de plus en plus d'ampleur : Mussolini règne sur l'Italie, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne tandis qu'en France commencent à émerger quelques groupes fascistes ayant pour unique ambition de renverser la République en créant un climat d'hyper-violence. Rapidement, communistes et socialistes tentèrent de venir au secours de la République, ce qui allait donner naissance à des confrontations sanglantes sur l'ensemble de la France. Pendant ce temps, à Marseille, Carbone et Spirito étaient à l'avant-garde de l'extrême droite. Pour preuve les faits suivants. En 1934, quelques jours après le discours public d'un groupuscule fasciste, des manifestations de rue massives ont éclaté sur la Canebière, boulevard principal de Marseille. Des milliers de travailleurs et autres membres de syndicats sont venus montrer leur désapprobation jusqu'à ce que des membres du clan Carbone-Spirito n'ouvre le feu sur la foule. Pendant que la Police évacuait la foule, les nombreux blessés étaient amenés vers l'hôpital.

Après quatre années de luttes acharnées contre le clan Sabiani et ses alliés, la Gauche parvenait à ses fins en installant un socialiste à la tête de Marseille à la place de Simon Sabiani. Bien que la victoire électorale de la Gauche ai temporairement éclipsé l'alliance Fasciste-Corse, la montée du fascisme a eut pour conséquence de politiser le Milieu marseillais, qui fut dès lors considéré comme étant une force importante dans la politique municipale, voire régionale. Ainsi, la dimension politique qu'ont réussi à donner à leur règne le duo Carbone-Spirito était une première, jamais avant eux des caïds n'avaient réussi à s'immiscer à ce point au sein d'une organisation politique. Bien qu'ils aient perdu les commandes du gouvernement municipal, la puissance économique de Paul Carbone et de François Spirito n'a à peine diminué. Tout juste se font-ils un peu plus discrets.

En 1940, l'occupation de Marseille par les forces allemandes suite à la chute des militaires français a permis à Carbone et Spirito de retrouver leur influence politique. Devant faire face à des mouvements de Résistance de plus en plus actifs partout en France, la Gestapo assignée à Marseille eut alors absolument besoin d'informateurs. C'est ainsi que les Nazis se sont tournés vers les figures les plus prestigieuses de la pègre, qui se sont alors montrer tout à fait enclin à collaborer. Le 14 juillet 1942, à Marseille, la Résistance a pour le première fois montré sa force en assiégeant le siège social d'une organisation pro-nazie, au centre même de la ville (le PPF, dont le directeur régional était l'ex-Maire fasciste Simon Sabiani). L'après-midi suivant, Carbone et Spirito ont remis à la Gestapo une liste complète de tout ceux impliqués dans cette manifestation. En échange de ce service, mais aussi de biens d'autres tout aussi précieux pour la Gestapo, les parrains ont été largement récompensé. Carbone n'aura pas le temps de profiter longtemps des amabilités de la Gestapo.

En 1943, alors qu'il remonte à Paris après un voyage à Marseille, Paul Venture Carbone meurt dans un accident de train. Un déraillement provoqué par la Résistance dont Carbone n'était n réalité pas la cible première. Le but était simplement de supprimer des permissionnaires allemands. La jambe droite sectionnée entièrement et la gauche au niveau du tibia, le caïd meurt quelques instants plus tard. Plus de 3000 personnes assistent à ses obsèques grandioses. Parmi elles, des figures de la Pègre, du monde politique, de la Chanson (Tino Rossi y interpréta l'Ave Maria), du Cinéma....

La défaite de Carbone sera bientôt suivie de la défaite de son camps. En août 1944, les Alliés débarquent en Provence. Le 27, le général Schaeffer envoie une lettre de reddition au général de Monsabert qui mène la charge. La ville est libérée. De son côté, toujours en 1944, François Spirito file en Espagne en compagnie de Simon Sabiani afin d'éviter le débarquement des Alliés. Sabiani restera dans ce pays jusqu'à sa mort, en 1956, à Barcelone.

Spirito ne restera que trois ans en Espagne. En effet, il décida en 1947 de continuer seul sa route aux Etats-Unis. Il jouera alors un rôle important dans le trafic d'héroïne qui existe en Marseille et New-York. Cependant, trois ans après son arrivée sur le sol américain, il sera arrêté pour trafic de stupéfiants. Il sera alors condamné à une peine de deux ans de prison qu'il purgera à la prison d'Atlanta. On notera par la même occasion le clémence des autorités vis à vis du trafic de drogue à cette époque (Ce fut d'ailleurs une des raisons majeures de l'implication de tant de truands dans la fameuse French Connection). A sa libération, Spirito retournera en France, où il sera arrêté puis jugé pour sa collaboration avec les Nazis du temps de le Guerre.

Il ne fit toutefois à cette occasion que huit mois de prison. A sa sortie, il pris le contrôle d'un restaurant sur le côte d'azur. Alors qu'il était toujours impliqué dans le trafic d'héroïne, Spirito voyait son pouvoir de contrôle sur Marseille décroître vers le milieu des années 50. Il n'avait plus qu'à cette époque qu'un rôle de consultant. Les caïds de la région venaient auprès de lui pour chercher de l'aide, Spirito utilisant alors ses relations et sa notoriété pour leur donner un coup de main dans leurs affaires, mais rien de plus. Comme bon nombre de parrains l'ont fait après lui, il se contentait de gérer scrupuleusement ses acquis. Jusqu'à sa mort en 1967, Spirito mènera alors une vie de citoyen respectable à Toulon.

Photo: François Spirito à gauche, Paul Carbone à droite

# Online seit Montag, 21. März, 2005 um 07:46

Geändert am Freitag, 25. Mai, 2007 um 06:37