L'histoire d’un homme au parcours exceptionnel, qui a quitté la Police pour atteindre les plus hautes marches de la pègre.
Robert Blémant est né en 1911 à Valenciennes. Son père, Louis Blémant, est bâtonnier du barreau de Lille. En 1930, Robert intègre la brigade mobile (Police Judiciaire) de Lille en tant qu'inspecteur. Huit ans plus tard, il est admis au concours de commissaire de Police en compagnie d'Achille Peretti, futur chef résistant. En 1939, Blémant débute sa carrière de commissaire à Marseille comme numéro deux de la brigade locale de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Il s'adapte plutôt bien à la ville. Véritable homme d'action, il agit au-delà des formalités administratives.
A Marseille, Robert croise la plupart des figures locales du Milieu. Il agit dans l'ombre, se servant d'auxiliaires au casier chargé, tels que Emile Buisson ou Abel Danos, dit « le Mammouth ». Bien que restant aux ordres de Vichy lors de la signature de l'armistice, cela ne l’empêche pas de travailler en secret pour la Résistance. Robert traverse bientôt la Méditerranée pour rejoindre Paul Paillole, un responsable des services secret qu'il a connu dans le Nord, où il a surveillé la frontière. Sur place, il s'occupe de la préparation du débarquement. Mais il y fait également de belles rencontres. On notera celle avec Lucien Grosso, un proche de François Spirito et du clan Guérini ainsi que celle avec Marcel Francisci, futur roi des cercles de jeu et homme de poids du Milieu corse.
Les dangereuses missions de contre-espionnage auxquelles participe Blémant forgent son caractère. Lorsqu'il le faut, il n'hésite pas à jouer de la gâchette. Selon Philippe Bernert dans Roger Wybot et la bataille de la DST, il éliminait les gestapistes avec « une cruauté, un raffinement et une sombre allégresse de tueur de la mafia ». Envoyé à Marseille pour neutraliser des espions allemands, il côtoie les résistants locaux, parmi lesquels figurent les frères Guérini. Dans sa traque des collabos, pour suppléer la timidité de ses hommes, il fait appel à une cohorte de truands cherchant à se faire pardonner leurs actes pendant l'occupation. Bientôt, la chasse aux collabos se transforme en racket de grande envergure au profit de Blémant et de ses hommes.
Nommé responsable de la division sud-est de la DST, Robert prend du gallon. L'homme découvre les joies du pouvoir. On ne lui refuse rien. Il faut dire qu'il possède (selon lui) des dossiers compromettants sur la plupart des propriétaires d'établissements de Marseille. Rusé, attiré par l'argent et le pouvoir, fasciné par le monde de la pègre, il se rend vite compte qu'en faisant pression sur les truands locaux dont il sait tout de leurs activités douteuses durant l'occupation, il va pouvoir se faire une place de choix dans le Milieu.
C'est au cours d'une soirée de l'année 1945 que Robert Blémant va définitivement franchir la ligne jaune. Ce jour là, il se rend chez Antoine Guérini en possession de tous les dossiers compromettants qu'il détient sur le chef de gang corso-marseillais. Il propose une alliance à Antoine : Le flic détruira les dossiers en question et aidera les Guérini à mettre la main sur l’ensemble des affaires détenues par les anciens collaborateurs qu'ils chasseront ensemble. En contrepartie, l'alliance avec le caïd permettra à Blémant de faire son trou dans le Mitan dans le sillage des plus grands caïds du moment et de percevoir quelques intéressements, notamment le contrôle de quelques établissements, comme le Drap d’Or à Marseille. Il faut bien avouer que grâce à Robert, les Guérini vont acquérir pour un prix dérisoire bon nombre de commerces et d'établissements de nuit du sud de la France.
Il est toutefois bien difficile pour le policier de rester inaperçu. En effet, à la fin de l'année 1947, il est convoqué par son supérieur qui commence à avoir des doutes sur son subordonné. Suite à l'entretien, Blémant remet sa démission et n'hésite pas à confier à son supérieur qu'il « préfère passer de l'autre côté de la barrière ». Le désormais ex-policier se range alors pour de bon dans le clan Guérini et ne tarde pas à se constituer un petit empire : il prend notamment des parts dans le Paris-Montmartre, l'un des plus beaux cabarets de Marseille, ouvre un bar à Paris (où débutera Jacques Brel) et investi dans des maisons closes en Afrique du Nord. C'est justement à Tanger, véritable nœud des affaires de la Méditerranée, qu'il rencontre Jo Renucci, alors fortement impliqué dans la contrebande de cigarettes. Robert deviendra bientôt son associé, au même titre que les Guérini, Francisci ou autre Luciano.
Comme l'ont fait les plus grands noms du Milieu, Blémant n'hésite pas à diversifier ses activités. Certaines d'entre elles l'ont probablement mené au sein de la French Connection, plus précisément au sein du réseau dirigé par le marseillais d'origine arménienne Edouard Toudayan, auquel participe également des certains Paul Mondoloni, Joseph Orsini, Raphaël Sainas, Toussaint Pajanacci voire même Mémé Guérini. Certaines sources évoquent également ses activités de trafiquants aux côtés des frères Ansaldi.
Après l'avoir été dans la police, Blémant devient vers le milieu des années 50 un homme de poids dans le Milieu. L’ex-commissaire est un homme ambitieux. Un poids et une ambition qui va même jusqu'à faire de l’ombre aux Guérini. Tout en restant proche de lui, les corso-marseillais se méfient de plus en plus de leur lieutenant Blémant. Peut-être est-il un membre de la DST qui s'est infiltré dans la pègre...
Les bars, les maisons closes, le trafic et maintenant le jeu. Rien ne semble arrêter Robert. En compagnie des Guérini, il s'allie à Jean-Baptiste Andréani, qui vient d'investir dans le Grand Cercle en 1959, les plus select des clubs parisiens. Le Grand Cercle est une affaire qui marche. Andréani fait fortune et étend sa sphère d'influence. Le problème, c’est qu'il n’est pas seul dans l’affaire. Outre Blémant et les Guérini, il est associé à Marcel Francisci, Albert Zénatti et Antoine Péretti. Andréani arrive assez rapidement à évincer Zénatti, Péretti et Francisci. Blémant, désormais isolé, tente de résister. Pas question pour lui de se laisser berner par les machinations du rusé Andréani.
Le 15 Avril 1963, le soleil n'est pas encore levé que Jean-Baptiste Andréani est la cible des balles de tueurs. Grièvement blessé, l'homme va s'en remettre. Cette tentative d’assassinat faisant suite à un assaut lancé sur le Grand Cercle, Andréani suspecte Blémant de vouloir sa peau. Ce dernier a alors toutes les raisons de s'inquiéter. En effet, décidé de se débarrasser de l’ex-commissaire, Andréani réunit ses associés Antoine et Mémé Guérini. Une réunion au sommet qui scelle le sort de Robert Blémant : Les trois hommes décident d'éliminer Blémant et de faire le ménage dans le monde des jeux afin de prendre le pouvoir.
Le 17 octobre 1964, Les frères Guérini montent dans une Cadillac en compagnie de leurs hommes de main. L'expédition punitive contre l’ancien flic est lancée [hypothèse avancée par certains auteurs, parmi lesquels on peut citer Jacques Follorou et Vincent Nouzille, auteur du livre Les Parrains Corses]. La voiture file à grande vitesse sur l'autoroute. Trop vite. Une pile de pont les stoppe net. Arrivés sur place, les policiers découvrent des Guérini en possession d'un véritable arsenal de guerre : mitraillettes, revolvers et argent liquide. Conséquences ? Trois ans de prison avec sursis pour les caïds corso-marseillais et un sursis pour la vie de Blémant.
Désirant sauver sa peau, le flic devenu voyou rejoint le Vaucluse, en quête d'un peu de tranquillité. Mais il reste ambitieux. Son objectif ? Prendre la place des Guérini. Qu'importe les moyens pour y parvenir. Ceci a le don d'agacer de plus en plus les caïds corses au pouvoir. Nouvelle réunion au sommet. Un vote est mis en place. Les participants doivent se prononcer pour ou contre la suppression de Robert Blémant. Antoine, le chef du clan, y est favorable. Marie-Christine Guérini relate la scène dans La saga Guérini. « Nous avons accueilli le serpent le plus vil en notre famille. Il ne reste plus que le feu pour réparer cette faute. Je veux la mort de Robert Blémant. Ma décision est prise, mais je veux votre vote car je vous aime tous » lance Antoine. Mémé n'est pas du même avis. Selon lui, tuer l'ex-commissaire conduirait la famille « à la catastrophe ».
Qu'importe l'avis de Mémé, la décision est prise : Robert doit être exécuté. 4 mai 1965, 19 heures, environs de Marseille. Une traction avant se porte à hauteur de la Mercedes de Robert Blémant qui se trouve en compagnie de son épouse. Une rafale de mitraillette sort de la traction. L'ancien flic s'effondre. Robert Blémant ne sera jamais le boss de Marseille.
Devant de corps du défunt, quelques grands noms de la pègre européenne viennent se recueillir, parmi lesquels un certain Marcel Francisci ainsi que certains des hommes ayant participé à la réunion qui a scellé le sort de la victime. Blémant était bel et bien un homme de poids. Suffisamment pour déclancher une sanglante vendetta et déclancher la fin du règne Guérini.
Robert Blémant est né en 1911 à Valenciennes. Son père, Louis Blémant, est bâtonnier du barreau de Lille. En 1930, Robert intègre la brigade mobile (Police Judiciaire) de Lille en tant qu'inspecteur. Huit ans plus tard, il est admis au concours de commissaire de Police en compagnie d'Achille Peretti, futur chef résistant. En 1939, Blémant débute sa carrière de commissaire à Marseille comme numéro deux de la brigade locale de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Il s'adapte plutôt bien à la ville. Véritable homme d'action, il agit au-delà des formalités administratives.
A Marseille, Robert croise la plupart des figures locales du Milieu. Il agit dans l'ombre, se servant d'auxiliaires au casier chargé, tels que Emile Buisson ou Abel Danos, dit « le Mammouth ». Bien que restant aux ordres de Vichy lors de la signature de l'armistice, cela ne l’empêche pas de travailler en secret pour la Résistance. Robert traverse bientôt la Méditerranée pour rejoindre Paul Paillole, un responsable des services secret qu'il a connu dans le Nord, où il a surveillé la frontière. Sur place, il s'occupe de la préparation du débarquement. Mais il y fait également de belles rencontres. On notera celle avec Lucien Grosso, un proche de François Spirito et du clan Guérini ainsi que celle avec Marcel Francisci, futur roi des cercles de jeu et homme de poids du Milieu corse.
Les dangereuses missions de contre-espionnage auxquelles participe Blémant forgent son caractère. Lorsqu'il le faut, il n'hésite pas à jouer de la gâchette. Selon Philippe Bernert dans Roger Wybot et la bataille de la DST, il éliminait les gestapistes avec « une cruauté, un raffinement et une sombre allégresse de tueur de la mafia ». Envoyé à Marseille pour neutraliser des espions allemands, il côtoie les résistants locaux, parmi lesquels figurent les frères Guérini. Dans sa traque des collabos, pour suppléer la timidité de ses hommes, il fait appel à une cohorte de truands cherchant à se faire pardonner leurs actes pendant l'occupation. Bientôt, la chasse aux collabos se transforme en racket de grande envergure au profit de Blémant et de ses hommes.
Nommé responsable de la division sud-est de la DST, Robert prend du gallon. L'homme découvre les joies du pouvoir. On ne lui refuse rien. Il faut dire qu'il possède (selon lui) des dossiers compromettants sur la plupart des propriétaires d'établissements de Marseille. Rusé, attiré par l'argent et le pouvoir, fasciné par le monde de la pègre, il se rend vite compte qu'en faisant pression sur les truands locaux dont il sait tout de leurs activités douteuses durant l'occupation, il va pouvoir se faire une place de choix dans le Milieu.
C'est au cours d'une soirée de l'année 1945 que Robert Blémant va définitivement franchir la ligne jaune. Ce jour là, il se rend chez Antoine Guérini en possession de tous les dossiers compromettants qu'il détient sur le chef de gang corso-marseillais. Il propose une alliance à Antoine : Le flic détruira les dossiers en question et aidera les Guérini à mettre la main sur l’ensemble des affaires détenues par les anciens collaborateurs qu'ils chasseront ensemble. En contrepartie, l'alliance avec le caïd permettra à Blémant de faire son trou dans le Mitan dans le sillage des plus grands caïds du moment et de percevoir quelques intéressements, notamment le contrôle de quelques établissements, comme le Drap d’Or à Marseille. Il faut bien avouer que grâce à Robert, les Guérini vont acquérir pour un prix dérisoire bon nombre de commerces et d'établissements de nuit du sud de la France.
Il est toutefois bien difficile pour le policier de rester inaperçu. En effet, à la fin de l'année 1947, il est convoqué par son supérieur qui commence à avoir des doutes sur son subordonné. Suite à l'entretien, Blémant remet sa démission et n'hésite pas à confier à son supérieur qu'il « préfère passer de l'autre côté de la barrière ». Le désormais ex-policier se range alors pour de bon dans le clan Guérini et ne tarde pas à se constituer un petit empire : il prend notamment des parts dans le Paris-Montmartre, l'un des plus beaux cabarets de Marseille, ouvre un bar à Paris (où débutera Jacques Brel) et investi dans des maisons closes en Afrique du Nord. C'est justement à Tanger, véritable nœud des affaires de la Méditerranée, qu'il rencontre Jo Renucci, alors fortement impliqué dans la contrebande de cigarettes. Robert deviendra bientôt son associé, au même titre que les Guérini, Francisci ou autre Luciano.
Comme l'ont fait les plus grands noms du Milieu, Blémant n'hésite pas à diversifier ses activités. Certaines d'entre elles l'ont probablement mené au sein de la French Connection, plus précisément au sein du réseau dirigé par le marseillais d'origine arménienne Edouard Toudayan, auquel participe également des certains Paul Mondoloni, Joseph Orsini, Raphaël Sainas, Toussaint Pajanacci voire même Mémé Guérini. Certaines sources évoquent également ses activités de trafiquants aux côtés des frères Ansaldi.
Après l'avoir été dans la police, Blémant devient vers le milieu des années 50 un homme de poids dans le Milieu. L’ex-commissaire est un homme ambitieux. Un poids et une ambition qui va même jusqu'à faire de l’ombre aux Guérini. Tout en restant proche de lui, les corso-marseillais se méfient de plus en plus de leur lieutenant Blémant. Peut-être est-il un membre de la DST qui s'est infiltré dans la pègre...
Les bars, les maisons closes, le trafic et maintenant le jeu. Rien ne semble arrêter Robert. En compagnie des Guérini, il s'allie à Jean-Baptiste Andréani, qui vient d'investir dans le Grand Cercle en 1959, les plus select des clubs parisiens. Le Grand Cercle est une affaire qui marche. Andréani fait fortune et étend sa sphère d'influence. Le problème, c’est qu'il n’est pas seul dans l’affaire. Outre Blémant et les Guérini, il est associé à Marcel Francisci, Albert Zénatti et Antoine Péretti. Andréani arrive assez rapidement à évincer Zénatti, Péretti et Francisci. Blémant, désormais isolé, tente de résister. Pas question pour lui de se laisser berner par les machinations du rusé Andréani.
Le 15 Avril 1963, le soleil n'est pas encore levé que Jean-Baptiste Andréani est la cible des balles de tueurs. Grièvement blessé, l'homme va s'en remettre. Cette tentative d’assassinat faisant suite à un assaut lancé sur le Grand Cercle, Andréani suspecte Blémant de vouloir sa peau. Ce dernier a alors toutes les raisons de s'inquiéter. En effet, décidé de se débarrasser de l’ex-commissaire, Andréani réunit ses associés Antoine et Mémé Guérini. Une réunion au sommet qui scelle le sort de Robert Blémant : Les trois hommes décident d'éliminer Blémant et de faire le ménage dans le monde des jeux afin de prendre le pouvoir.
Le 17 octobre 1964, Les frères Guérini montent dans une Cadillac en compagnie de leurs hommes de main. L'expédition punitive contre l’ancien flic est lancée [hypothèse avancée par certains auteurs, parmi lesquels on peut citer Jacques Follorou et Vincent Nouzille, auteur du livre Les Parrains Corses]. La voiture file à grande vitesse sur l'autoroute. Trop vite. Une pile de pont les stoppe net. Arrivés sur place, les policiers découvrent des Guérini en possession d'un véritable arsenal de guerre : mitraillettes, revolvers et argent liquide. Conséquences ? Trois ans de prison avec sursis pour les caïds corso-marseillais et un sursis pour la vie de Blémant.
Désirant sauver sa peau, le flic devenu voyou rejoint le Vaucluse, en quête d'un peu de tranquillité. Mais il reste ambitieux. Son objectif ? Prendre la place des Guérini. Qu'importe les moyens pour y parvenir. Ceci a le don d'agacer de plus en plus les caïds corses au pouvoir. Nouvelle réunion au sommet. Un vote est mis en place. Les participants doivent se prononcer pour ou contre la suppression de Robert Blémant. Antoine, le chef du clan, y est favorable. Marie-Christine Guérini relate la scène dans La saga Guérini. « Nous avons accueilli le serpent le plus vil en notre famille. Il ne reste plus que le feu pour réparer cette faute. Je veux la mort de Robert Blémant. Ma décision est prise, mais je veux votre vote car je vous aime tous » lance Antoine. Mémé n'est pas du même avis. Selon lui, tuer l'ex-commissaire conduirait la famille « à la catastrophe ».
Qu'importe l'avis de Mémé, la décision est prise : Robert doit être exécuté. 4 mai 1965, 19 heures, environs de Marseille. Une traction avant se porte à hauteur de la Mercedes de Robert Blémant qui se trouve en compagnie de son épouse. Une rafale de mitraillette sort de la traction. L'ancien flic s'effondre. Robert Blémant ne sera jamais le boss de Marseille.
Devant de corps du défunt, quelques grands noms de la pègre européenne viennent se recueillir, parmi lesquels un certain Marcel Francisci ainsi que certains des hommes ayant participé à la réunion qui a scellé le sort de la victime. Blémant était bel et bien un homme de poids. Suffisamment pour déclancher une sanglante vendetta et déclancher la fin du règne Guérini.

