Robert Blémant

L'histoire d’un homme au parcours exceptionnel, qui a quitté la Police pour atteindre les plus hautes marches de la pègre.



Robert Blémant est né en 1911 à Valenciennes. Son père, Louis Blémant, est bâtonnier du barreau de Lille. En 1930, Robert intègre la brigade mobile (Police Judiciaire) de Lille en tant qu'inspecteur. Huit ans plus tard, il est admis au concours de commissaire de Police en compagnie d'Achille Peretti, futur chef résistant. En 1939, Blémant débute sa carrière de commissaire à Marseille comme numéro deux de la brigade locale de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Il s'adapte plutôt bien à la ville. Véritable homme d'action, il agit au-delà des formalités administratives.

A Marseille, Robert croise la plupart des figures locales du Milieu. Il agit dans l'ombre, se servant d'auxiliaires au casier chargé, tels que Emile Buisson ou Abel Danos, dit « le Mammouth ». Bien que restant aux ordres de Vichy lors de la signature de l'armistice, cela ne l’empêche pas de travailler en secret pour la Résistance. Robert traverse bientôt la Méditerranée pour rejoindre Paul Paillole, un responsable des services secret qu'il a connu dans le Nord, où il a surveillé la frontière. Sur place, il s'occupe de la préparation du débarquement. Mais il y fait également de belles rencontres. On notera celle avec Lucien Grosso, un proche de François Spirito et du clan Guérini ainsi que celle avec Marcel Francisci, futur roi des cercles de jeu et homme de poids du Milieu corse.

Les dangereuses missions de contre-espionnage auxquelles participe Blémant forgent son caractère. Lorsqu'il le faut, il n'hésite pas à jouer de la gâchette. Selon Philippe Bernert dans Roger Wybot et la bataille de la DST, il éliminait les gestapistes avec « une cruauté, un raffinement et une sombre allégresse de tueur de la mafia ». Envoyé à Marseille pour neutraliser des espions allemands, il côtoie les résistants locaux, parmi lesquels figurent les frères Guérini. Dans sa traque des collabos, pour suppléer la timidité de ses hommes, il fait appel à une cohorte de truands cherchant à se faire pardonner leurs actes pendant l'occupation. Bientôt, la chasse aux collabos se transforme en racket de grande envergure au profit de Blémant et de ses hommes.

Nommé responsable de la division sud-est de la DST, Robert prend du gallon. L'homme découvre les joies du pouvoir. On ne lui refuse rien. Il faut dire qu'il possède (selon lui) des dossiers compromettants sur la plupart des propriétaires d'établissements de Marseille. Rusé, attiré par l'argent et le pouvoir, fasciné par le monde de la pègre, il se rend vite compte qu'en faisant pression sur les truands locaux dont il sait tout de leurs activités douteuses durant l'occupation, il va pouvoir se faire une place de choix dans le Milieu.

C'est au cours d'une soirée de l'année 1945 que Robert Blémant va définitivement franchir la ligne jaune. Ce jour là, il se rend chez Antoine Guérini en possession de tous les dossiers compromettants qu'il détient sur le chef de gang corso-marseillais. Il propose une alliance à Antoine : Le flic détruira les dossiers en question et aidera les Guérini à mettre la main sur l’ensemble des affaires détenues par les anciens collaborateurs qu'ils chasseront ensemble. En contrepartie, l'alliance avec le caïd permettra à Blémant de faire son trou dans le Mitan dans le sillage des plus grands caïds du moment et de percevoir quelques intéressements, notamment le contrôle de quelques établissements, comme le Drap d’Or à Marseille. Il faut bien avouer que grâce à Robert, les Guérini vont acquérir pour un prix dérisoire bon nombre de commerces et d'établissements de nuit du sud de la France.

Il est toutefois bien difficile pour le policier de rester inaperçu. En effet, à la fin de l'année 1947, il est convoqué par son supérieur qui commence à avoir des doutes sur son subordonné. Suite à l'entretien, Blémant remet sa démission et n'hésite pas à confier à son supérieur qu'il « préfère passer de l'autre côté de la barrière ». Le désormais ex-policier se range alors pour de bon dans le clan Guérini et ne tarde pas à se constituer un petit empire : il prend notamment des parts dans le Paris-Montmartre, l'un des plus beaux cabarets de Marseille, ouvre un bar à Paris (où débutera Jacques Brel) et investi dans des maisons closes en Afrique du Nord. C'est justement à Tanger, véritable nœud des affaires de la Méditerranée, qu'il rencontre Jo Renucci, alors fortement impliqué dans la contrebande de cigarettes. Robert deviendra bientôt son associé, au même titre que les Guérini, Francisci ou autre Luciano.

Comme l'ont fait les plus grands noms du Milieu, Blémant n'hésite pas à diversifier ses activités. Certaines d'entre elles l'ont probablement mené au sein de la French Connection, plus précisément au sein du réseau dirigé par le marseillais d'origine arménienne Edouard Toudayan, auquel participe également des certains Paul Mondoloni, Joseph Orsini, Raphaël Sainas, Toussaint Pajanacci voire même Mémé Guérini. Certaines sources évoquent également ses activités de trafiquants aux côtés des frères Ansaldi.

Après l'avoir été dans la police, Blémant devient vers le milieu des années 50 un homme de poids dans le Milieu. L’ex-commissaire est un homme ambitieux. Un poids et une ambition qui va même jusqu'à faire de l’ombre aux Guérini. Tout en restant proche de lui, les corso-marseillais se méfient de plus en plus de leur lieutenant Blémant. Peut-être est-il un membre de la DST qui s'est infiltré dans la pègre...

Les bars, les maisons closes, le trafic et maintenant le jeu. Rien ne semble arrêter Robert. En compagnie des Guérini, il s'allie à Jean-Baptiste Andréani, qui vient d'investir dans le Grand Cercle en 1959, les plus select des clubs parisiens. Le Grand Cercle est une affaire qui marche. Andréani fait fortune et étend sa sphère d'influence. Le problème, c’est qu'il n’est pas seul dans l’affaire. Outre Blémant et les Guérini, il est associé à Marcel Francisci, Albert Zénatti et Antoine Péretti. Andréani arrive assez rapidement à évincer Zénatti, Péretti et Francisci. Blémant, désormais isolé, tente de résister. Pas question pour lui de se laisser berner par les machinations du rusé Andréani.

Le 15 Avril 1963, le soleil n'est pas encore levé que Jean-Baptiste Andréani est la cible des balles de tueurs. Grièvement blessé, l'homme va s'en remettre. Cette tentative d’assassinat faisant suite à un assaut lancé sur le Grand Cercle, Andréani suspecte Blémant de vouloir sa peau. Ce dernier a alors toutes les raisons de s'inquiéter. En effet, décidé de se débarrasser de l’ex-commissaire, Andréani réunit ses associés Antoine et Mémé Guérini. Une réunion au sommet qui scelle le sort de Robert Blémant : Les trois hommes décident d'éliminer Blémant et de faire le ménage dans le monde des jeux afin de prendre le pouvoir.

Le 17 octobre 1964, Les frères Guérini montent dans une Cadillac en compagnie de leurs hommes de main. L'expédition punitive contre l’ancien flic est lancée [hypothèse avancée par certains auteurs, parmi lesquels on peut citer Jacques Follorou et Vincent Nouzille, auteur du livre Les Parrains Corses]. La voiture file à grande vitesse sur l'autoroute. Trop vite. Une pile de pont les stoppe net. Arrivés sur place, les policiers découvrent des Guérini en possession d'un véritable arsenal de guerre : mitraillettes, revolvers et argent liquide. Conséquences ? Trois ans de prison avec sursis pour les caïds corso-marseillais et un sursis pour la vie de Blémant.

Désirant sauver sa peau, le flic devenu voyou rejoint le Vaucluse, en quête d'un peu de tranquillité. Mais il reste ambitieux. Son objectif ? Prendre la place des Guérini. Qu'importe les moyens pour y parvenir. Ceci a le don d'agacer de plus en plus les caïds corses au pouvoir. Nouvelle réunion au sommet. Un vote est mis en place. Les participants doivent se prononcer pour ou contre la suppression de Robert Blémant. Antoine, le chef du clan, y est favorable. Marie-Christine Guérini relate la scène dans La saga Guérini. « Nous avons accueilli le serpent le plus vil en notre famille. Il ne reste plus que le feu pour réparer cette faute. Je veux la mort de Robert Blémant. Ma décision est prise, mais je veux votre vote car je vous aime tous » lance Antoine. Mémé n'est pas du même avis. Selon lui, tuer l'ex-commissaire conduirait la famille « à la catastrophe ».

Qu'importe l'avis de Mémé, la décision est prise : Robert doit être exécuté. 4 mai 1965, 19 heures, environs de Marseille. Une traction avant se porte à hauteur de la Mercedes de Robert Blémant qui se trouve en compagnie de son épouse. Une rafale de mitraillette sort de la traction. L'ancien flic s'effondre. Robert Blémant ne sera jamais le boss de Marseille.

Devant de corps du défunt, quelques grands noms de la pègre européenne viennent se recueillir, parmi lesquels un certain Marcel Francisci ainsi que certains des hommes ayant participé à la réunion qui a scellé le sort de la victime. Blémant était bel et bien un homme de poids. Suffisamment pour déclancher une sanglante vendetta et déclancher la fin du règne Guérini.

# Posté le dimanche 26 juin 2005 13:09

Modifié le mardi 21 mars 2006 17:49

L'affaire Labay

L'affaire Labay
André Labay, né en 1922, a eu une carrière bien remplie d'aventurier et de « barbouze ». Le bac, trois années de médecine, la guerre comme médecin auxiliaire. À la Libération, il renonce à la médecine et entre au service d'une firme d'import-export américaine dont le siège est au Maroc. Il achète pour le compte de cette firme du tissu polonais destiné aux Marocains. Premiers grands voyages d'un homme d'affaires qui sera un inlassable globe-trotter.

Il est sans doute déjà un « honorable correspondant » du S.D.E.C.E. Il quitte le Maroc en 1948, s'installe à Dakar où il fonde avec des appuis officiels occultes une compagnie d'avions-taxis. On le trouve ensuite en Tunisie où il réinvestit la fortune gagnée par un de ses amis, grâce au trafic des piastres, dans de fructueuses opérations immobilières. Président des « Grands Travaux Franco-tunisiens », Labay revend ses parts et rentre en France très riche. Import-export, immobilier, l'argent bien placé fructifie. Labay effectue quelques missions d'information en Algérie pour le S.D.E.C.E. : il y espionne les milieux ultras.

En 1961, il est au Katanga pour combattre aux côtés du commandant Faulques, dans les rangs des mercenaires, ceux qu'on a surnommés les « affreux ». Le Premier ministre du Congo-Kinshasa, Cyrille Acloula, l'engage et lui confie la direction de ses services de renseignements. Très introduit dans la haute société bruxelloise où habite sa famille, Labay revient régulièrement à Paris. Il y fréquente le Don Camilo, repaire des anciens des services de renseignements, et la résidence Niel où l'on rencontre les truands de l'affaire Ben Barka. Puis il se met à vendre au Yemen des timbres en or frappés à l'effigie du chancelier d'Allemagne fédérale, Konrad Adenauer.

En 1966, il s'installe aux Antilles : il fait du cabotage et de nombreux trafics entre les différents ports francs. À Port-au-Prince, il se met au service du président François Duvalier, « Papa Doc ». Il devient l'amant de Marie-Denise, la fille aînée du dictateur. Labay organise une émission de 50000 timbres d'or à l'effigie de Duvalier. Il mène pour lui quelques missions secrètes aux Antilles et aux États-Unis. Il sert d'intermédiaire dans plusieurs transactions entre les États-Unis, Haïti et la Grèce ! Il achète une île des Caraïbes et la revend. Bénéfice : 300 millions d'anciens francs... Il fonde une fabrique de confection, la Fenwick Corporation S.A., du nom d'une de ses amies, Elisabeth Fenwick. La firme travaille pour les États-Unis. En fait, la Fenwick n'est qu'une couverture pour les activités de renseignement et le trafic de drogue.

À plusieurs reprises, on retrouve Labay au grand casino de Beyrouth que dirige alors Marcel Francisci, truand notoire, patron de cercles de jeux à travers le monde qui sera accusé par les autorités américaines de trafic d'héroïne accusation dont il se défendra jusqu'à son assassinat en 1982 par les frères Zemmour. Il y est vu en compagnie d'un homme de la Mafia lié à la famille Bonnano, Max Intrator, le grand maître des jeux du dictateur cubain Fulgencio Battista. Labay est signalé par le F.B.I. et Interpol comme convoyeur de fonds pour la Mafia. Il est cité en 1970 dans un rapport du Secrétaire américain au Commerce sur les comptes de la Mafia en Suisse. À Paris, il fréquente les milieux de cinéma. On le voit souvent par exemple au Fouquet's. Charles Lumbroso, producteur du film de Jean-Pierre Melville, Le Deuxième Souffle, a des difficultés pour boucler son budget. Labay avance 700 000 F à condition que son nom soit cité au générique. « J'ai rencontré Labay deux ou trois fois, dit J.-P. Melville. Il était vêtu d'un costume clair agrémenté d'une invraisemblable cravate en satin bleu. Il m'a fait l'impression d�un garçon de café des beaux quartiers, un peu mou, mais rien d'un truand. Dans son physique, une chose m'a frappé : il n'avait pas de sourcils »

Labay rencontre, à Genève d'abord, puis à Paris, Yacef Saadi, l'ancien chef des commandos du F.L.N. de la Kasbah d'Alger. Interdit de séjour en France depuis la sortie du film « La Bataille d'Alger », Saadi passe pourtant quinze jours à Paris en 1968 : il y est vu en compagnie de Labay. En mars 1966, un hôtel du quartier de Chaillot, l'hôtel Pierre 1er de Serbie, est à vendre. Quatre acquéreurs se présentent qui se disent représentants d'un important groupe financier : Labay, Michel Leroy, Thierry de Bonnay et Lucien Schwarm. Ils sont assistés d'un notaire normand, Me André Giraud.

Michel Leroy, 43 ans au moment des faits, un homme des services secrets qu'on voit beaucoup dans les milieux de truands et de barbouzes (il a d'ailleurs été impliqué dans l'affaire Ben Barka), a pris contact avec les propriétaires de l'hôtel. Il échafaude un gigantesque projet, lance des emprunts, signe des chèques sans provision et vend quelques meubles, moquettes et vaisselles de l'hôtel pour se renflouer. La grande idée de Leroy était de créer un club international de l'homme d'affaires où les P.D.G. du monde entier de passage à Paris auraient trouvé bibliothèques, salles de travail et de réunion, secrétariats, salles de loisirs... Un merveilleux centre d'espionnage, on s'en doute. Un brillant comité de patronage où figuraient quelques personnalités politiques ouvrait à Michel Leroy toutes les portes.

C'est à l'hôtel Pierre 1er de Serbie que le colonel Dlimi, inculpé dans l'affaire Ben Barka, coucha la nuit du 18 au 19 octobre 1966, avant de venir se constituer au Palais de Justice. Thierry de Bonnay, 40 ans au moment des faits, ancien résistant, engagé dans l'armée américaine à 18 ans, parachutiste en France, pilote à Madagascar, mercenaire au Congo, avait recruté à l'hôtel Pierre de Serbie des « affreux » qu'il entraînait dans une ferme de l'Ardèche. Il avait aussi mis en place un commando destiné à faire évader l'ancien premier ministre du Katanga, Moïse Tshombé, détenu à Alger après sa capture dans le ciel des Baléares le 30 juin 1967. Était-ce là le sujet des entretiens entre Labay et Yacef Saadi ? Enfin, Lucien Schwarm, peintre en bâtiment devenu financier à Genève, a été longtemps l'associé de Labay dans ses affaires de timbres d'or et de promotion immobilière. Il finira par se brouiller avec lui.

Mais le quatuor n'avait pas d'argent. Et les affaires de Labay ne marchaient plus aussi bien qu'auparavant. L'acte de vente de l'hôtel Pierre 1er de Serbie prévoyait un prix de 16 millions de francs lourds. Un premier chèque de 7 millions fut tiré, certifié par le notaire. Il était sans provision. En fin de compte l'affaire tourna court.

C'est alors que survient ce que l'on appelle communément « l'affaire Labay ». Le 6 octobre 1971, André Labay, alors industriel en textiles et producteur de cinéma occasionnel, est suivi dans le quartier des Champs-Élysées. Il monte dans une Volkswagen de location, garée près de l'avenue Montaigne. Trois autres trafiquants sont dans les parages et surveillent le départ : Georges Burait, 31 ans, sans profession, André Lajoux, 29 ans, propriétaire de chevaux de courses, et Antoine Grisoni, 41 ans, sans profession.

La Volkswagen prend la direction de l'autoroute de l'Ouest. Les policiers suivent. Labay rentre chez lui à la résidence des Grandes Terres à Marly-le-Roi. Sur le parking une meute de policiers l'entoure. Il se laisse arrêter sans résistance et dit simplement :« Ça va, j'ai compris, je suis fichu. J'ai terminé ma vie aujourd'hui. » Dans le coffre de la voiture, cinq valises de luxe achetées quelques heures plus tôt chez Vuitton, le grand maroquinier de l'avenue Marceau, bourrées de sachets d'héroïne. Cette fois la prise est sérieuse, notamment par la quantité de drogue saisie : 106 kilos. Le lendemain, on arrête Burait, Grisoni et Lajoux. Roger Preiss dit « Éric », 35 ans, sans profession, qui aurait mis la drogue dans la voiture et devait la recevoir aux États-Unis, est arrêté à New York.

Au moment de son arrestation, Labay est propriétaire, avenue Gabriel, d'un appartement luxueux donnant sur les Champs-Élysées et il avait d'importants intérêts dans des sociétés immobilières et de promotion touristique dont le siège social est en Corse. Il s'apprêtait également à fonder une « banque du sang noir ». Il s'agissait de recueillir du sang en Afrique à bas prix ou contre de modestes compensations, et de le revendre au plus haut prix aux hôpitaux américains. Il faut croire que le projet avait séduit puisque quelques mois après la chute de Labay, c'est à Haïti et non en Afrique qu'éclata l'affaire : on apprit que Luckner Cambronne avait des intérêts dans un curieux laboratoire qui, en plein centre de Port-au-Prince, recueillait le sang des Haïtiens pour l'exporter aux États-Unis.

Labay était par ailleurs le chef d'antenne du S.D.E.C.E. à Port-au-Prince. On connaît mal les raisons qui firent qu'en fin de compte les conseillers de Duvalier conspirèrent contre lui. C'est le « capo » Joé Bananas qui aurait supervisé les entreprises établies par la Mafia en Haïti. Comme elle l'avait fait avec le dictateur Battista à Cuba. La Mafia entoura Duvalier d'hommes de confiance tel le fameux Max Intrator. Plusieurs autres firmes dans lesquelles Luckner Cambronne possédait des intérêts. À la suite de scandale, Cambronne fut relevé de ses fonctions par Jean-Claude Duvalier, le fils et l'héritier politique de Papa Doc.

Pour en revenir à "l'affaire Labay", il faut souligner que Labay, malgré son statut de truand très accompli, n'était qu'un acteur d'un très vaste réseau. Les policiers français et américains durent procéder à de nombreuses autres arrestations : après Lajoux, Burait, Grisoni et Preiss, ce sont, aux États-Unis, deux Français : Laurent Fiocconi et Jean-Claude Kella. En France, Joseph Signoli, Alexandre Salles, Jean Dumerain, Félix Rosso,le beau-frère du commissaire Pellegrini dirigeant de la cellule élyséenne de François Mitterrand. Rosso sera assassiné par le FLNC après la disparition du chef nationaliste Guy Orsoni).

Or l'Express du 28 février 1972 révèle que « la veille de son arrestation, M. Labay avait rendez -vous, à 10 heures, au bureau 604 du consulat général des États-Unis, rue La Boétie, avec l'adjoint du Directeur Régional du Bureau des Narcotiques, M. Jack Kiere, et un agent américain surnommé Guy. Pour leur demander de l'aider à convoyer sa marchandise jusqu'aux États-Unis, ayant déjà fait ce travail, assurait-il pour le compte de la C.I.A. dont il avait été un agent à Haïti ! »

Il faut noter d'ailleurs que cette révélation intervient la semaine même où l'on arrêtait un jeune truand, Dominique Mariani, celui qui précisément aurait procuré la drogue à Roger Delouette. Mariani est le cousin d'un autre agent du SDECE, Jean-Charles Marchiani, grand ami de Charles Pasqua et futur préfet mis en examen dans de nombreuses affaires dont celle de Elf.

Dans le contexte de l'affaire Delouette, cette arrestation semble arriver à point pour disculper le S.D.E.C.E. Si Labay a bien rencontré les hommes du B.N.D.D., il est possible qu'il y ait eu fausse manoeuvre. Selon certaines sources, les agents américains auraient communiqué l'information à la police française qui aurait alors décidé d'intervenir sans attendre. Mais il n�est pas certain que la police française ait eu besoin de ces renseignements : on a vu que le réseau était depuis longtemps très surveillé.

Au final, le juge Roussel n'interrogea pas seulement Labay sur ces 106 kilos d'héroïne. L'inculpé aurait participé à quatre autres transports. Labay déclara à ce sujet qu'il avait agi à l'instigation de Richard Berdin. On terminera en rappellant que parmi les personnes inquiétées figure un ancien membre important de la French Connection. En effet, le nom de Fiocconi apparaissait déjà lorsqu'il est recherché pour avoir introduit 7,5 tonnes d'héroïne aux États-Unis en 1971 en compagnie de Kella.

# Posté le vendredi 17 juin 2005 14:58

Modifié le vendredi 25 mai 2007 06:37

Grenoble, ses figures, ses gangs, ses guerres

Grenoble, ses figures, ses gangs, ses guerres
Grenoble a « son » Parrain

Vers le milieu des années 1960, le Milieu grenoblois voit quelques caïds émerger. Parmi elles, un certain Mathieu Mattéi. L'homme, d'origine corse, est alors considéré comme le « Parrain » de la ville. Un « Parrain » accessoirement cousin d'Alexandre Sanguinetti, un député gaulliste très proche de grandes figures du show-biz et de la pègre telles qu'Alain Delon, les frères Guérini, François Marcantoni ou autres Marcel Fancisci. Pour anecdote, les deux derniers ont même été ses agents électoraux.

Mattei est en effet un beau truand. Il règne sur la prostitution de la région et a mainmise sur plusieurs établissements. Il est tenancier du bar Le Gobelet et possède plusieurs discothèques. On le suspecte également de faire dans la came. Sa femme fut en effet arrêtée à Cannes en 1969 avec 50 kg d'héroïne caché dans sa voiture. Parallèlement à ses activités officieuses, Mathieu s'est aussi mis au service du pouvoir. Un bon moyen d'être couvert. Chauffeur de Georges Pompidou à l'occasion d'une visite du Ministre à Grenoble, l'homme, qui a commencé au service d'ordre du RPF en 1947, est un membre du SAC, le Service d'Action Civique, une association ayant pour vocation de « rassembler toutes les personnes, sans distinction d'opinion ou de race, désireuses de soutenir l'action du Général du Gaulle » ; en d'autres mots, un service de police parallèle qui rassemble son lot de caïds ou autres délinquants en tout genre jouant les gros bras lors des manifestations politiques [Pour d'avantage d'informations, lire l'article consacré au SAC].

Si un appui politique peut permettre d'éviter les passages à l'ombre, il est loin d'apporter une immunité vis-à-vis des balles adverses. En juin 1968, alors qu'il se trouve dans une de ses boîtes (le Fontanil), Mathieu Mattei est abattu avec la complicité de son lieutenant Daniel par le clan Augé, ce dernier étant un truand lyonnais pilier du SAC. Une disparition qui va générer une guerre de succession, une guerre entre les locaux, connus sous le nom d' « Italo-Grenoblois », appelés ainsi du fait de leurs origines italiennes, et des nouveaux tout droit venu de l'île de beauté. Les enjeux ? Le contrôle du marché des stups, de la prostitution, du jeu et les établissements de la ville. Classique.


Le temps des guerres

La guerre commence au début des années 70. Elle fait suite à une multitude d'incendies parfois meurtriers (près de 150 jeunes sont morts dans un de ces incendies) qui ont touché les boîtes grenobloises à la fin de la décennie précédente. La guerre connaît son apogée dans les années 1971 à 1975. En 72, elle fait deux morts de chaque côté, puis un mort dans les deux clans l'année suivante. L'épilogue a lieu en 1975. Alors qu'un Italo-Grenoblois tombe en septembre, trois corses sont la cible des balles en novembre. Deux morts et un blessé. Et pas des moindres: le boss de la bande et un des piliers. Le blessé est également un maillon fort du groupe. Pour lui, ce fut prison jusqu'en 1981, avant d'être à son tour abattu en 1983. Le dernier homme fort de la bande est quant à lui arrêté en 1976 dans un établissement lyonnais. Les Italo-Grenoblois sont victorieux.

Suite à cette guerre, les Italo-Grenoblois vont se scinder en deux. Une partie restant sur Grenoble, l'autre se dirigeant vers Nice. Il faut avouer que la capitale azuréenne présente un attrait non négligeable : Elle n'est tenue par aucun caïd digne de ce nom depuis 1976, date à laquelle le boss local, en la personne d'Urbain Giaume, fut condamné à quinze ans de prison pour trafic de stupéfiants. L'homme fort des Italo-Grenoblois présents à Nice n'est autre que Michel Luisi, un truand bien connu des services pour avoir notamment trempé dans un réseau international de proxénetisme. Toutefois, consécutivement à la montée en puissance du truand local Sébastien Bonventre, dit « Bastien », les italiens de Grenoble doivent se résoudre à faire des concessions et partager le territoire avec ce dernier. Luisi réussi néanmoins à faire son trou et est considéré comme une grande figure de la voyoucratie. En trois ans de présence, lui et sa troupe parviennent à mettre la main sur la prostitution et quelques établissements. A la mort de Bonventre en 1989, Luisi devient même propriétaire du fameux Iguane Café, un établissement select de Nice fréquenté par les plus grands noms du Milieu azuréen [pour d'avantage de précisions, lire l'article sur le Milieu niçois]. Le 26 mars 1993, les Italo-Grenoblois niçois sont orphelins : Michel Luisi, alors âgé de 47 ans, est abattu à Nice au fusil de chasse alors qu�il se trouve au volant de sa voiture.

Malheureusement pour les Italo-Grenoblois restés à Grenoble, très proches du pouvoir politique local, membres du SAC pour certains (dont Michel Luisi, qui est le lieutenant de Simon Gavet, le patron du SAC de la région PACA abattu en août 1976 à Nice où il était propriétaire de la discothèque le Panthéra), la trêve n'est que de courte durée. Un nouveau conflit éclate en 1976. Les « rebelles » sont cette fois une bande de jeunes voyous issue d'une banlieue de la ville constituée majoritairement de gitans et d'italiens. Une banlieue dont ils porteront le nom : La bande de l'Abbaye, également connue sous le nom de bande à Bavière.

La bande de l'Abbaye est ce que l'on pourrait appeler une bande de « jeunes loups ». Ses membres ne sont connus de la Police locale que pour quelques faits d'armes « mineurs » : vols a la roulotte, agressions ou encore petits cambriolages. Très rapidement, ils vont escalader les marches de la pyramide du banditisme et se lancer dans les braquages et les gros cambriolages. Leur boss se nomme Jean-Antoine B. Il fut inquiété pour diverses affaires de proxénétisme, de trafics d'armes, de vols, de recel, ou encore d'usage de fausse monnaie. Les principaux membres sont Jean-Pierre , connu pour trafic d'armes, vol de voitures, cambriolage et port d'armes ; Yvan , qui fut impliqué dans des affaires de hold-up et d'usage de faux papiers ; Yves ; Louis et Dominique.

La bande à Bavière ne tarde pas à rencontrer un obstacle de poids sur leur route en la personne des Italo-Grenoblois. Téméraires, ils n'hésitent cependant pas à empiéter sur le territoire de ces derniers et iront jusqu'à leur voler quelques-unes de leurs filles. Une véritable déclaration de guerre. Une guerre qui se révélera meurtrière.

Ce conflit est beaucoup plus compliqué à gérer que le précédent pour les italiens de Grenoble. Il faut dire que compte tenu qu'une grande partie des Italo-Grenoblois est installée à Nice, un certain vide se fait sentir à Grenoble. A cette époque (fin des années 70), les Italos-Grenoblois sont dirigés par deux frères. Les premiers à mordre la poussière sont les Italos. En 1976, un premier homme est abattu. L'année suivante, trois autres membres du gang tombent sous les balles des ennemis à la sortie d'une boîte de nuit. Pas moins de sept hommes les attendaient. Les Italos-Grenoblois ne baissent toutefois pas les bras. En effet, en 1979, la bande de l'Abbaye voit un de ses membres tué à la sortie d'une discothèque, le Drac Ouest, en la personne de Dominique. Ce dernier était accompagné de Jean-Pierre, qui lui ne fut que blessé, assez grièvement tout de même. Peu après, ce dernier sera condamné à six ans de prison pour « association de malfaiteurs, trafic d'armes, vols, recel, falsification de documents administratifs, usage de billet contrefaits, contrefaçon et usage de plaques falsifiées ».

La guerre va se poursuivre dans les années 80. Même si quelques-uns de leurs membres sont à l'ombre, la bande de l'Abbaye va progressivement prendre le dessus pour occuper une place de choix à Grenoble. Tout du moins jusqu'en 1990, date à laquelle Jean-Antoine B, leur boss, est assassiné. Les auteurs de ce meurtre seraient des membres des Italo-Grenoblois. On aurait pu penser que la disparition du chef de la bande de l'Abbaye fasse revenir le calme à Grenoble. Ce ne fut pas les cas. En effet, les années 1990 seront ponctuées par une multitude de règlements de compte. Celui de Michel Luisi, que nous avons déjà évoqué. Mais bien d'autres encore.


Les têtes tombent

En 1993, un chef de groupe proche des Italo-Grenoblois, tombe dans la région grenobloise. Il était suspecté d'avoir participer à l'assassinat de Jean-Antoine B. L'année suivante, le 23 décembre, c'est un autre sympathisant des italiens de Grenoble qui est assassiné. Un meurtre plutôt original. Il fut en effet victime d'un jouet piégé placé dans une voiture en stationnement, voiture dans laquelle il se trouvait. La victime, propriétaire d'une pizzeria, avait déjà été condamnée pour escroquerie et suspecté d'avoir commis le meurtre d'un truand en 1983 ainsi que d'avoir incendié sa propre pizzeria. Le 1er avril 1995, c'est un homme de poids des Italo-Grenoblois installé sur la Côte qui échappe de peu à la mort. Le rescapé est un homme très proche de Luisi, avec lequel il fut notamment arrêté en 1977 et condamné à quatre ans de prison. Blessé par balles, il prit la direction de l'Espagne où il sera condamné pour trafic de stupéfiants et escroquerie aux cartes bancaires. Puis ce fut au tour de Jean-Pierre , qui avait déjà été blessé alors qu'il accompagnait Dominique, d'être la proie des balles. En effet, le 3 décembre 1995, un commando de quatre hommes qui l'attend sur un parking ne laisse aucune chance au membre de la bande à Bavière. Il n'aura profité que d�une journée de liberté : Il avait été libéré la veille alors qu'il avait été condamné à 13 ans de prison pour tentative d'évasion, consécutives aux cinq hold-up qu'il aurait commis.

Les règlements de compte grenoblois ne concernent pas tous des membres des Italos-Grenoblois ou de la bande à Bavière. Pour preuve, le 20 mars 1996, c'est un patron de bar qui est assassiné. Il faut probablement se tourner vers le business des machines à sous pour expliquer cette affaire. Selon un travail de recherche de Stéphane Quéré sur les menaces criminelles contemporaines, l'homme aurait « essayer de doubler les placiers de machines à sous en détournant de l'argent et/ou en servant d'indicateur à la police ». Erreur fatale. Le 6 décembre de la même année, c'est une bagarre entre hommes du Milieu qui coûte la vie à un truand bien connu des services pour vols et trafic d'héroïne. Le tueur serait un membre de la bande de l'Abbaye.

Le 21 avril 1997, le propriétaire d'un établissement, impliqué dans des affaires de machines à sous, tombe sous les balles des tueurs. Il faut dire que dans le Grenoble des années 90, comme dans beaucoup d'autres villes, les machines à sous constituent un business à la mode et sont à l'origine de nombreux règlements de compte, règlements de compte dont les bistrotiers entre autres ont fait les frais. En effet, les frères de l'Abbaye, qui ont plus ou moins mainmise sur l'affaire, ne tolèrent guère que quiconque tente de s'offrir un part du gâteau. Quel qu'il soit, renommé ou non. Francis le Belge était bien placé pour le savoir, lui qui avait connu un échec dans sa tentative de placement dans la région grenobloise.

Tout ceci ne constitue qu'un échantillon de la série d'assassinats qui a marqué Grenoble au cours de ces dernières années. Une trentaine de figures de la pègre locale auraient en effet connu une mort violente ses trente dernières années.


A l'heure de la Mafia?

Dans les années 1990, on a beaucoup parlé d'une présence de ramifications de Cosa Nostra à Grenoble, où vit une forte communauté sicilienne. Une famille installée à Grenoble dans les années 90 serait rattachée à la famille Sommatino, dont le fief est le village (8.000 habitants) du même nom situé à proximité de Caltanissetta. Un certain Giacomo, âgé de cinquante-huit ans et marié à une Française, venu en France début 1991 alors qu'il tombait sous le coup d'un arrêté d'expulsion remontant à 1980 à la suite d'une condamnation à plusieurs mois de prison, dirigeant présumé de la famille Sommatino, a notamment fait l'objet d'enquêtes de la police italienne avant d'être reconduit en fevrier 1993 au poste frontière de Vintimille par les hommes de la Police de l'air et des frontières. Il occupait un modeste emploi de chauffeur dans une entreprise de déménagement. La famille Sommatino aurait des liens avec le clan de Caltanissetta dirigé par Giuseppe M, qui a été arrêté en mars 1992.

Autre élément pouvant conforter la thèse d'une présence mafieuse dans la région grenobloise, l'arrestation en juin 1994 de Calogero, un des chefs présumés de la Mafia sicilienne, alors qu'il séjournait sous une fausse identité dans sa famille à Rives près de Grenoble. Calogero, conseiller municipal destitué en novembre 1991 pour activités mafieuses, était considéré comme le lieutenant de Giuseppe M, le numéro 2 de Cosa Nostra. Il était au moment des faits recherché pour « association de malfaiteurs, assassinats et extorsion de fonds ».

# Posté le vendredi 27 mai 2005 15:09

Modifié le vendredi 25 mai 2007 06:37

Joseph Césari

Joseph Césari
Joseph Cesari est né le 2 janvier 1915 à Bastia. Il mène la première partie de sa vie dans la légalité, entre les métiers de navigateur, garçon de café ou encore bistrotier mais, dans les années 50, il se découvre grâce à son demi-frère des talents de chimiste. C'est en effet Dominique Albertini, un ancien préparateur en pharmacie, qui lui sert de « maître d'école » dans l'apprentissage de la fabrication d'héroïne. Albertini a lui même fait ses classes au laboratoire clandestin de Bandol, propriété de Paul Carbone. On se situe alors dans la genèse de la French Connection.

Mais Jo, officiellement éleveur de cochons, va très vite dépasser le maître pour devenir le chimiste le plus célèbre de la planète drogue. A l'époque de la French, on l'appelle même « Monsieur 98% » en référence à la pureté de l'héroïne qu'il fabrique. Il faut dire que, sous des airs un peu chétif, voire craintif, Jo a une sacrée dextérité. En effet, avec un kilogramme de morphine-base, il fabrique un kilogramme d'héroïne pure à 97% alors que ses congénères de l'époque ne réussissent guère à dépasser 60-70% de pureté. De quoi provoquer son lot d'overdoses chez les non-initiés ! D'ailleurs, la came est si parfaite (on l'appelle « la Marseillaise ») que même les ingénieurs chimistes de la Police ne parviennent à la reproduire. De leur côté, les américains iront jusqu'à penser qu'il s'agit de came fabriquée de manière officielle tant sa qualité est hors-normes.

Les cargaisons de morphine-base, Jo les reçoit dans ses villas, où il vit avec sa femme et ses domestiques. Il faut dire que les affaires vont lui permettre de faire fortune. A cette époque, il fabrique en effet 15 kg d'héroïne par semaine, à 3000 francs l'unité. L'homme, qui dirige lui même les laboratoires dans lesquels il travaille, ne possède pas moins de six voitures. Autodidacte, il se passionne pour l'art, la bibliophilie, collectionnant les toiles et les éditions originales. En 1962, il achète une villa à Aubagne, puis l'année suivante une seconde superbe demeure près de Rians, dans le Var : 420 hectares accueillant deux maisons de maître, une ferme, une bergerie, des écuries...

Malheureusement pour lui, il n'aura pas l'occasion d'aménager dans sa somptueuse propriété. Il est en effet arrêté en octobre 1964 avec cinq de ses acolytes en possession de 100kg d'héroïne dans leur laboratoire du clos Saint-Antoine près d'Aubagne. De manière à ne pas se faire repérer par les truands, les policiers s'étaient déguisé en chasseur pour venir frapper à la porte du lieu de travail, simulant un accident de chasse. A cette époque, les peines de prison correspondantes à ce délit étaient plutôt courtes. Ses collègues prennent 3 et 2 ans, tandis que Jo écope de 7 ans, 4 millions de francs d'amendes et 300 000 francs de dommages et intérêt. Sans commune mesure avec les peines actuelles. La relève est toutefois assurée : avant son arrestation, Césari a pris soin de former de nouveaux chimistes, dont son propre cousin d'origine arménienne Edouard Toudayan. Ainsi, bien que Monsieur 98% soit au frais, le trafic poursuit (presque) comme si de rien n'était.

Mais on n'abandonne pas un métier comme ça. Après 6 ans de détention (il sort en décembre 1970) et un an de convalescence pour maladie, Jo retourne au charbon. Enfin à la poudre... Il faut dire que son patrimoine s'est considérablement amaigri suite à son arrestation de 1964. En effet, pour payer l'amende, sa majestueuse villa a dû être vendue aux enchères. Son nouveau laboratoire se situe au clos Sainte-Suzanne, toujours à proximité d'Aubagne. Il n'y restera pas très longtemps. Au printemps 1972, Césari est pris en flag de fabrication d'héroïne aux côté de sa femme. Les policiers font main basse sur plus 100 kilogrammes d'héroïne dans son laboratoire. Ces 100 kilogrammes, il ne lui aurait pas fallu plus d'une semaine pour les produire. De cette affaire, Jo ne s'en relèvera pas. En état de récidive, il risque pas moins de 40 ans de prison. Or, au moment des faits, Jo a 57 ans. Le 22 mars 1972, probablement par peur de finir ses jours en prison, il se pend dans sa cellule à l'aide de ses draps. Il restera comme le plus grand chimiste de la French Connection.



Voici un article (« La chute des chimistes) écrit par David Gilbert expliquant la deuxième arrestation de Jo Césari, le 16 Mars 1972.

Jo Césari, dit M.Jo, a déjà été arrêté en 1964 pour fabrication d'héroïne. Mais les peines de prison correspondantes à ce délit sont alors très courtes. Vite sorti, il redevient le chimiste de la French Connection.

Jacques Thibaud, flic à la retraite, raconte la seconde arrestation de Jo Cesari : « Nous filons une 4L censée nous mener au labo de Césari. Finalement, on la perd du côté d'Aubagne. Grosse déception. Une recherche systématique est lancée sur la région. Nous avions le numéro d'immatriculation : 630 K 13. Quelques jours plus tard, je patrouilles avec mon collègue Clément Laffont et, en passant devant la villa Suzanne, près d'Aubagne, je lui dis : "Elle est là !" Si elle avait été garé derrière, on ne l'aurait jamais trouvée. On retourne au service pour un conseil de guerre auquel participe les Américains. »

Le lendemain (16 mars 1972), « on investit la villa à six heures du matin. Je suis le premier à rentrer. Mais on ne trouve sur place que les concierges [qui feront quand même de la prison pour complicité de trafic de stupéfiants]. Le laboratoire a été démonté, il ne reste que quelques traces de drogue et un pantalon avec une tâche de sang au niveau de la jambe. On décide finalement d'aller arrêter Cesari à son domicile, mais sans aucune preuve matérielle contre lui. Heureusement pour nous, en le cueillant chez lui, on s'aperçoit qu'il a de l'eczéma sur la jambe, dû aux produits chimiques qu'il manipule. La tâche du pantalon retrouvé nous permet de le coffrer. » Jo Césari se suicidera dans sa cellule quelques jours plus tard.

S'ensuit l'arrestation du bras-droit de Cesari : « Il fallait que l'on fasse vite, car il y avait eu des fuites sur l'arrestation de Cesari, et il risquait d'en être averti en regardant le JT. Nouveau coup du sort : Georges Pompidou prononce ce soir-là un discours qui retarde les informations de quinze minutes. Grâce à cela, nous l'avons attrapé dans l'intervalle. »

# Posté le samedi 21 mai 2005 06:45

Modifié le vendredi 25 mai 2007 06:37

News

François Girard, dit "Le Blond", 57 ans, considéré comme le commanditaire de l'assassinat du juge Pierre Michel en 1981, a été remis en liberté pour raisons médicales le samedi 14 mai 2005. Détenu depuis près de 24 ans, il a quitté la prison de Fresnes. Il a bénéficié d'une suspension de peine, sur la base d'une loi autorisant de libérer un détenu lorsque son pronostic vital est engagé. Il souffre en effet d'une cardiopathie et a déjà fait l'objet de cinq pontages.

Le juge d'instruction Pierre Michel, spécialiste des réseaux internationaux de trafic de drogue, avait été tué par balles le 21 octobre 1981 par deux hommes à moto, sur le boulevard Michelet, dans les quartiers sud de Marseille. Suite à cette affaire, François Girard avait été condamné à la perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 18 ans par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour avoir commandité l'assassinat depuis la prison des Baumettes où il se trouvait depuis juillet 1981 sur décision du juge Michel, pour l'affaire du laboratoire de Palerme, un important trafic de drogue organisé entre la Sicile et la France. Le Blond a toujours clamé son innocence et nié les déclarations de François Scapula, lequel l'aurait selon lui balancé pour bénéficier de mesures de grâce accordées aux repentis.

Girard avait participé à la reconstitution de la French Connection aux débuts des années 80. Il avait notamment succédé avec ses collègues Scapula, Altiéri, Chotti... à l'équipe d'André Bousquet, ancien médecin marseillais devenu chimiste, après que celui-ci eut été arrêté en août 1980 dans un laboratoire sicilien. Bousquet travaillait probablement alors en collaboration avec la mafia de Palerme. François a surtout été connu pour avoir été considéré comme le chef opérationnel d'une des plus grosses affaires de drogue des années 80, à savoir celle du laboratoire de Phoenix dans laquelle des ténors du Milieu furent mêlés, à commencer par Paul Mondoloni. L'équipe était en lien avec la mafia sicilo-américaine.

A l'heure actuelle, Charles Altièri et François Checchi, se trouvent toujours en prison. Le quatrième homme mêlé à cette affaire, à savoir, Homère Philippi, considéré comme co-organisateur de l'assassinat, condamné par contumace à la perpétuité, n'a toujours pas réapparu.


Source: AFP

# Posté le mercredi 18 mai 2005 07:34

Modifié le vendredi 25 mai 2007 03:42