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La main dans le SAC, ou quand le Milieu rencontre la politique

La main dans le SAC, ou quand le Milieu rencontre la politique
Fondée dans le but d'apporter un «soutien inconditionnel à la poursuite des objectifs définis par le Général», cette officine devint, au fil des années, une nébuleuse mêlant puissants caïds, policiers, hommes politiques de premiers plans (Jacques Foccart, le «monsieur Afrique» de De Gaulle) et futurs élus (Charles Pasqua).


S.A.C. Trois lettres qui claquent. Trois lettres pour désigner une organisation, Service d'Action Civique, créée en décembre 1959. Héritier du service d'ordre du RPF (Rassemblement du Peuple Français), le Service d'Action Civique est officiellement une association à but non lucratif. Mais sous cette appellation innocente se cache une bien plus sinistre machine. Une « machine » qui, durant vingt ans, a traîné derrière elle une odeur de soufre sans que l'on sache exactement qui en faisait partie et quelle était sa motivation, sauf celle de haïr les communistes. Une police parallèle ? Un service d'ordre ? Une officine gaulliste ? Initialement, sa vocation était plutôt claire. Le SAC avait pour objectif de « rassembler toutes les personnes, sans distinction d'opinion ou de race, désireuses de soutenir l'action du général de Gaulle. » Son activité majeure devait alors consister en l'assurance de la sécurité des campagnes électorales des candidats gaullistes de l'UNR.

Fondé par Dominique Ponchardier, Roger Frey et Jacques Foccart à l'occasion du retour du Général au pouvoir, le SAC va très vite prendre une dimension toute autre que celle qui était la sienne au moment de sa création. Dès le changement de cap du général de Gaulle au sujet de la crise algérienne, le recrutement devint de moins en moins sérieux. En effet, beaucoup de membres initiaux du SAC ont démissionné car ils étaient favorables à une Algérie Française. Les grognards du gaullisme partis, les dérives pouvaient alors commencer. Petits escrocs. Puis délinquants. Puis caïds. De fil en aiguille, le Service compte dans ses rangs des figures de plus en plus respectées du Milieu. Dans ce cadre, ce n'est pas une surprise de voir le caïd grenoblois Mathieu Mattei exercer le rôle de chauffeur du premier ministre Pompidou lors d'une visite à Grenoble de l'homme politique. Conséquence directe de cette dérive dans le recrutement : l'action du Service devient désordonnée. Pour ne pas dire violente. Fusillades durant les campagnes, assaut contre les grévistes, chasse aux militant du FLN...

Il faut bien avouer qu'une appartenance au SAC constitue un passe droit des plus intéressants pour les truands. La carte tricolore de membre ne place pas son propriétaire au dessus des lois. Mais elle procure néanmoins des avantages indéniables. En effet, lorsqu'un truand titulaire de la fameuse carte tombait dans les mailles de la police, elle lui évitait, en général, d'avoir à affronter la justice. Pour la simple et bonne raison qu'il voyait les poursuites contre lui abandonnées. Certains hors-la-loi pouvaient même être libérés dans la journée suivant leur arrestation. Un certain M.P. (poursuivi pour crime contre l'humanité) aurait été selon certaines sources, en tant que préfet de Police, coutumier de telles procédure de libération.

Pour autant, il est très difficile de savoir quels voyous faisaient partie de l'officine. En effet, les fichiers des adhérents, tenus secrets, n'ont jamais été découverts. Sans être exhaustif, loin de là, nous pouvons toutefois en citer quelques uns. « Le Parrain » de Lyon tout d'abord, qui bénéficiait durant les années 60 de puissantes relations policières et politiques. A Grenoble, comme nous l'évoquions plus haut, le boss de la ville bénéficiait lui aussi de la protection du Service. L'homme, cousin d'Alexandre Sanguinetti (homme d'affaire, conseiller du ministre de l'intérieur et homme fort du SAC) , régnait alors sur la prostitution de la région grenobloise. Les frères Z, maîtres des boîtes de nuits parisiennes, ont quant à eux bénéficié de protection jusqu'aux années 70. Un de leur associé servait en effet de colleur d'affiche et d'agent électorale aux candidats gaullistes. Les truands marseillais ne sont pas en reste. A commencer par deux des principaux compères de Jean-Baptiste Croce durant la French Connection, qui ont eux aussi leur carte tricolore. Du côté de Nice, on citera notamment Bianchini ou encore Giaume. Les boss du Milieu niçois ont à tour de rôle été les dirigeants local du SAC. Enfin, pour ce qui concerne Aix en Provence, c'est une figure de la criminalité locale, un dénommé Sauveur, qui dirige l'antenne aixoise du Service.

Entrons un peu plus dans le détail. S'il était initialement dirigé par Pierre Debizet, le vrai patron était certainement Jacques Foccart, confident de De Gaulle. Les autres dirigeants gaullistes se nommaient Charles Pasqua (Charles Pasqua, qui a été vice-président de l'organisation, aurait été exclu du SAC sur ordre de Jacques Foccart au début de 1969 pour avoir tenté d'en prendre le contrôle à la faveur des événement de mai 1968), Roger Frey, Paul Comiti, Alexandre Sanguinetti, Dominique Ponchardier et Jean Bozzi. Mais pourquoi ces hommes ont-ils réalisé un tel recrutement alors qu�initialement anciens résistants, vétérans des guerres coloniales, policiers en retraite ou même en activité constituaient les principales cibles des recruteurs ? La réponse est très simple : les effectifs étaient insuffisants, d'où la nécessité de puiser dans les bas-fonds de Marseille et de Lyon.

A l'occasion, Le SAC fournissait à ses troupes de fausses cartes de police et des armes. Bien payés, les hommes du SAC exécutaient les basses oeuvres du régime dont la police et l'armée ne pouvaient se rendre coupable : exécutions d'otages, infiltrations, tortures etc. L'histoire du Service ne compte plus bientôt les attentats, les passages à tabac, les fusillades, les cambriolages, les trafics de drogue, de chantages, d'extorsions de fonds, de meurtres et de proxénétisme... C'est donc un fait bel et bien réel. Une véritable osmose a vu le jour entre les caïds et le SAC. Les chiffres sont là pour le prouver. Entre 1960 (année de création) et 1982 (année de désintégration), quelques 65 affaires, impliquant 106 membres du Service, ont pu être dénombrées.

Le SAC a finalement été dissout par une ordonnance du Conseil des Ministres, le 3 août 1982, à la suite de la "tuerie d'Auriol", dans laquelle l'un des responsables de l'organisation, l'inspecteur Massié, sa femme, ses enfants et d'autres membres de sa famille ont été sauvagement massacrés par un commando du SAC. Certains, lors de la période de flottement du S.A.C, voulurent récupérer cette organisation qui a toujours existé de façon autonome par rapport aux différents partis gaullistes. Charles Pasqua est l'un d'eux. Le plus célèbre de nos ministres de l'intérieur créa à cette occasion "Solidarité et défense des libertés" qui rassemblait des membres du R.P.R, de l'U.D.F, des anciens du S.A.C et même de certains mouvements très à droite comme le P.F.N. Ce descendant du S.A.C n'a finalement pas eu une existence très importante.



Photo: Jacques Foccart
# Posté le vendredi 23 décembre 2005 17:44
Modifié le vendredi 25 mai 2007 06:37

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