Albert Spaggiari est né le 14 décembre 1932 à Laragne (Hautes-Alpes). Albert Spaggiari, c'est le présumé « cerveau » du casse de Nice, une légende du grand banditisme... En 1976, il a réussi un coup monumental, le cambriolage de la salle des coffres de la société générale de Nice en passant par les égouts. Butin, 5 milliards de centimes, 24 millions d'euro. Le « casse du siècle ».
Société générale de Nice, 20 juillet 1976. L'annonce du casse du siècle est à la « Une » de tous les médias. Le fric-frac a été découvert la veille par Charles Battistelli, employé à la société générale, le premier à être entré dans la salle des coffres. Il raconte la découverte du casse : 317 coffres fracturés et dans la salle, un vrai capharnaüm : photos intimes affichées, sol jonché d'objets divers, de bijoux de pacotille, ceux qui n'ont pas intéressé les voleurs. Les casseurs ont « signé » leur coup d'un mot collé sur une armoire : « ni armes, ni violence et sans haine ». Les policiers refont à l'envers le parcours des voleurs. Ils passent par un tunnel de 8 mètres creusé dans la roche, puis les égouts de Nice, puis la rivière souterraine du Paillon... Tout au long, le sol est jonché de matériel. Peu d'indices, mais une seule certitude, la logistique est sans précédent. Le casse a été fait par une grosse équipe, des bandits expérimentés.
Une rafle est lancée dans le milieu marseillais. Le Parrain marseillais, Gaétan Zampa, est tout de suite suspecté. Mais Francis Pellegrin et Alain Bournat (voir mini biographie des deux hommes ci-dessus) , arrêtés après avoir tenté de négocier des lingots provenant du casse, donnent un nom, celui d'Albert Spaggiari. Spaggiari, un petit photographe niçois, ancien d'Indochine, écrivain, commence par nier. Il veut négocier ses aveux, il a des amitiés haut placées, il ne parlera que devant un grand personnage du ministère de l'intérieur. Maître Jacques Peyrat , son avocat, actuel maire de Nice, assiste aux aveux de Spaggiari devant Honoré Gévaudan, l'un des plus importants policiers de France.
Faisons un bref retour sur la "carrière" d'Albert Spaggiari. Sa vie commence plutôt mal. En effet, il a à peine trois ans quand son père décède. Sa mère se remariera trois ans plus tard. De quoi forger le caractère du petit Albert. Celui-ci, alors agé de 16 ans, décide de fuguer pour rencontrer Salvatore Giuliano, le célèbre bandit d'honneur sicilien. En 1950, tout juste majeur, il s'engage chez les Bérets Rouges pour l'Indochine et est affecté au 3ème bataillon de parachutistes coloniaux. C'est en 1953 qu'il débute sa carrière de voyou. Le 31 javier de cette année, avec un complice, il se fait remettre la caisse du "Milk Bar" à Hanoï. Il sera reconnu et arrêté. le 17 août 1954, il est condamné à 5 ans de travaux forcés et 20 ans d'interdiction de séjour. En Novembre de la même année, il quitte l'Indochine pour la France où il rejoint Marseille et sa prison des Baumettes. En 1957, après deux remises de peine, il est libéré et s'installe à Hyères où vit sa mère, il y rencontre Audi, une infirmière qui deviendra sa femme le 27 janvier 1959. Albert travaille alors à la société Fichet-Bauche, fabricant de coffres forts. Celle-ci se trouve à Dakar. Albert restera dans cette ville jusqu'en mars 1960, date à laquelle il regagne la France en compagnie de son épouse. Un an plus tard, Spaggiari tente d'assassiner le Général de Gaulle. En 1962, alors membre de l'OAS, il retrouve la prison de la Santé pour une affaire d'armes et de tracts. Il sort en 1966 et ouvre son magasin à Nice en 1968. Puis vint le fameux casse de Nice...
Spaggiari lui-même, filmé quelques années plus tard, alors qu'il est en cavale par une caméra de télévision, donne tous les détails de ce fameux « casse » du siècle. Pendant trois mois, une quinzaine d'hommes, vont creuser un tunnel de 8 mètres en passant par les égouts jusqu'à la salle des coffres. Au cours du week-end du 17 juillet au 19 juillet 1976, trois cent trente sept coffres seront ouverts : cinquante millions de francs de l'époque. Des mois de préparation, des semaines de travaux en sous-sol ; dans les égouts, les héros ont fini par apprivoiser les rats.
Fanfaron, hâbleur, provocateur, Spaggiari devient pour l'opinion publique une sorte de mythe, mandrin qui vole les riches sans haine, ni violence et sans armes. Il a l'image d'un voyou à la française comme on n'en fait plus, de ceux qui ont de la classe: veste de blazer impeccablement coupées, gros cigare à la bouche et sempiternelle lunettes noires au nez. Le tout avec une barbe de trois jours et une coiffure un rien négligée. Anti-banquier, populaire, et toujours du bon côté. Et pourtant l'homme est plus complexe qu'il n'y paraît. Le casse, il le revendique au nom d'une organisation chargée d'aider des gens d'orientation politique discutable...
Ancien d'Indochine, il a été membre de l'OAS et a même voulu assassiner de Gaulle. Depuis il continue à militer dans les mouvements nationalistes. Après son arrestation, Spaggiari ne reste pas longtemps en prison. Le 10 mars 1977, Il s'évade par la fenêtre du bureau du juge d'instruction. Une évasion très facile, trop facile selon certains.
A-t-il bénéficié d'aide de ses amis politiques, notamment d'anciens OAS proches du maire de Nice Jacques Médecin ? La polémique lancée par la presse de gauche permet la mise en ballottage du maire lors des municipales de 1977.
Spaggiari en cavale devient le premier « bandit médiatique ». Il donne régulièrement de ses nouvelles à la presse, écrit des livres. Durant sa cavale qui aura duré jusqu'à sa mort, il prend un malin plaisir à narguer la police française.
Lassé de la cavale, ruiné, malade d'un cancer de la gorge, Spaggiari tente de négocier sa reddition. Mais il meurt le 8 juin 1989, à 57 ans, en exil en Italie (à Belluno), après douze années passées à se grimer et à fuir. Sa compagne ramène elle-même le corps de Spaggiari en France et le dépose chez sa mère à Hyères (Var). Il est enterré à Laragne-Montéglin (Hautes-Alpes). Devant les caméras de télévision, il avait pourtant demandé à être incinéré...
Les complices du casse de Nice
Le gang des égoutiers, responsable du casse de Nice, reste un groupe dont on connait peu de noms avec certitude. Voici toutefois une liste des personnalités associées, de prés ou de loin, sans aucune certitude, au fric-frac du siècle :
- Gaby A
- Alfred A
- Alain B
- Noël D
- Christian D
- Homère F
- Jean M
- Daniel M
- Henri M
- Francis P
- Dominique P
- Jean-Louis R
- Gérard V
- Adrien Z
- Gaétan Z