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Les frères Guérini

Les frères Guérini
Antoine et Mémé Guérini : L'histoire des plus grands caïds français de tous les temps...



Une enfance vécue dans la pauvreté

Fils d'un bûcheron de Calenzana, Antoine et Barthélémy (dit « Mémé ») naissent dans la pauvreté. Leurs parents, Felix et Marie, n'ont pas les moyens de subvenir aux besoins d'une famille de huit enfants. Outre Barthélémy et Antoine, nés respectivement en 1908 et 1902, le foyer familial est composé de Toussainte, François, Pierre, Restitude, Pascal et Lucien. Durant toute leur enfance, Antoine et Barthélémy sont contraints de vivre dans une misère malheureusement si fréquente à l'époque sur l'île de beauté, une « terre de malheur » selon Mémé. Pour la combattre, ils gardent des chèvres où coupent du bois en rêvant de ce qui doit être leur paradis, à savoir le continent. Mémé ne tardera pas à le rejoindre. A 14 ans, bien qu'il ne maîtrise pas la langue française, Barthélémy embarque pour Marseille avant de prendre la direction de Bordeaux où il devient aide-infirmier. Il est pris en charge par Titi Colonna, ami de la famille et accessoirement figure du Milieu bordelais.

Antoine ne tardera pas à prendre le même chemin. C'est Nice qui aura ses faveurs, ville dans laquelle il deviendra barman. Un bon moyen de faire des rencontres. Il ne tardera pas à arrondir ses fins de mois au travers d'activités plus délictueuses. En effet, suivant les conseils d'un de ses oncles proxénètes, Antoine va rapidement se rendre à Marseille pour maquer ses premières filles. En 1928, déjà une dizaine de filles tapinaient pour son compte. Rejoint par son frère, il ne va pas tarder à acheter son premier établissement, le bar des Colonies, situé à la porte d'Aix. Pourtant, à cette époque le duo composé de Paul Carbone et de François Spirito tient Marseille. Peu importe. Les deux frères, en l'échange de quelques services, bénéficient de l'aval des tout premiers Parrains que le Milieu ait connu pour mener leurs activités. Exemple de services rendus, le racket en 1929 d'un niçois pour le compte du duo. C'est un ami du racketté, Carlo, qui leur a indiqué le coup. Il sera abattu le mois suivant.
Il faut bien avouer que les deux frères sont des durs. Toujours en 1929, Antoine hérite d'une maison de rendez-vous. La rumeur court qu'il aurait obtenu cet héritage en échange de l'assassinat d'un ex-amant encombrant de la propriétaire. Tous les moyens sont bons pour s'enrichir...


Le temps des premiers soutiens politiques

Ainsi, les Guérini ont pratiquement carte blanche, sous réserve toutefois de ne pas toucher à l'opium, au trafic d'armes ou aux machines à sous, gagne-pain de duo Italo-marseillais. Pourtant, les deux clans ont des opinions opposées. En effet, tradition familiale oblige, les Guérini sont membre de la SFIO et épaulent les candidats socialistes aux élections. Ils fournissent en effet des hommes au parti de Gauche de manière à assurer la bonne marche des campagnes électorales. Ces liens étroits avec la politique (les précurseurs en la matière ont été Carbone et Spirito, qui soutenaient de leur côté le parti de Droite), constituera la première étape décisive de leur règne. En effet, la prise de pouvoir des socialistes à Marseille au milieu des années 1930 va rapidement permettre aux Guérini de bénéficier d'entrées dans le monde politique et administratif, lesquelles leur permettront de faire embaucher dans les services municipaux quelques uns de leurs amis corses.

Progressivement, les deux frères vont étendre leur champs d'action. Jusqu'alors limité à quelques gagneuses placées ici et là sur le pavé marseillais, les nouveaux truands vont se lancer dans le racket, prenant de forces des parts dans les bars de la cité phocéenne. Ainsi, en assurant la protection de certains établissements, ils vont élargir considérablement leur sphère d'influence. En 1936, les voyous aux dents longues parviennent ainsi à prendre le contrôle de leur premier établissement huppé, le Bar de l'Etoile à Marseille. Suivront ensuite une collection de bars et de maisons closes. La famille Guérini se trouve alors mise à contribution. En effet, frères et soeurs vont rapidement débarquer à Marseille pour s'occuper des établissements des deux caïds. S'étendant petit à petit (Marseille, Salon-de-Provence, Toulouse, Alger, Oran), les Guérini commencent à inquiéter et surtout énerver François Spirito. Calme et serein (de façade tout du moins), son acolyte parvint à le raisonner : pas question d'une guerre ouverte, entre corse, on se sert les coudes !


La guerre : un tournant bien négocié

Puis vint la Guerre. Mobilisé en Corse, Antoine, officiellement marchand de liqueurs, va revenir s'installer à Marseille dès 1940 et acheter un cabaret luxueux dans lequel se côtoient les figures du mitan. La position des Guérini durant cette période noire se révélera être assez complexe. Alors que Mémé ne rechigne pas à se battre contre les allemands, au point de devenir un pilier de la Résistance, Antoine est lui un peu plus nuancé. Il n'hésite pas à accueillir la force obscure dans ces établissements et nouer quelques contacts avec des collabos. Après tout, du moment que le client paye, peu importe ces activités... Ainsi, le clan joue simultanément sur deux tableaux. Un bon moyen de préserver l'avenir. En effet , Hitler décidant de purifier Marseille (« le chancre de l'Europe » dixit l'intéressé) de ses voyous, bons nombre d'entre eux se retrouvent en prison en attente d'une exécution. Or c'est justement grâce à ses liens avec l'occupant qu'Antoine s'en sortira. Pour ce qui concerne Mémé (qui ne bénéficie pas des contacts de son frère), la situation semblait désespérée jusqu'à ce qu'une jeune femme, envoyée par une religieuse que le truand avait rencontré par le passé, ne parvienne à le faire libérer. Toutefois, cela ne lui aura pas empêcher un passage à tabac. Peu importe. Sain et sauf, il décide de retourner sur son île natale et de reprendre ses activités illicites, sans toutefois abandonner ses obligations de résistant pour autant.

Barthélémy va de nouveau échapper de très peu à la mort. Alors qu'il s'apprête à rejoindre son frère à Marseille en compagnie de sa fiancée, son bateau est accidentellement la cible de torpilles. Le bateau coule, une centaine de passagers se noient (dont la fiancée de Mémé), mais Mémé survit. L'homme semble être né sous une bonne étoile. Cela ne va d'ailleurs pas le refroidir. Plus motivé que jamais, désespéré par la disparition de sa fiancée, Barthélémy s'implique de plus en plus dans la résistance et se lance dans de véritables missions suicides. Un jour, apprenant qu'un traître a balancé une cache de résistants, causant ainsi la mort d'une trentaine de combattants, il se lance dans une expédition punitive. Le traître sera décapité, à vif, par Mémé en personne. Blessé à la jambe suite à une opération de sabotage, Barthélémy recevra la croix de guerre avec étoile d'argent. A la libération, il descendra la Canebière sur un char victorieux sous les clameurs de la foule. Pendant ce temps, son frère Antoine continue ses petits trafics. Suspecté de trafiquer les bons d'essence, il parviendra à s'en sortir sans dommage. Malgré des relations plus ou moins obscures, il est important de souligner qu'Antoine n'est pas un collabo. Loin de là. Pour preuve, des juifs et des résistants sont régulièrement cachés dans les caves de ses établissements.

Au niveau politique, les truands jouent également sur deux tableaux : Alors que Mémé soutient Gaston Deferre, qu�il a connu au travers de ses activités de résistant, Antoine, le plus « nerveux » des deux frères, est proche de Ferri-Pisani, le rival socialiste de Deferre. Une souplesse politique leur permettant d'être introduit partout quoi qu'il arrive et de s'assurer un règne d'une longévité certaine. Ils bénéficient en plus de la croix de guerre de Mémé, laquelle lui offre de nombreux avantages. Ainsi, après s'être constitué un joli pécule en tant que proxénète et gérants de bars durant les années 1930, lequel fut bonifié grâce au marché noir durant l'Occupation, les Guérini vont véritablement passer à la vitesse supérieure entre 1945 et 1950, des années qu'ils mettent à profit pour se constituer un empire jusque là jamais vu dans le Milieu.


Les nouveaux Parrains corses de Marseille

Le règne de Carbone et Spirito s'étant effondrés en même temps que le régime de Vichy (mort de Carbone le 16 décembre 1943, fuite de Spirito pour éviter l'épuration), la place est donc libre à la libération. Les Guérini ne vont alors pas tarder à devenir les nouveaux boss de Marseille, des Parrains qui vont allègrement dépasser leurs maîtres Carbone et Spirito, aussi bien en terme de richesse que d'influence. A croire que ces derniers avaient préparés le terrain pour les frères corses. Les Guérini ont en effet construit leur empire en usant des mêmes ficelles que leurs prédécesseurs, mais en les appliquant à la puissance dix.

Premier acte d'une montée en puissance, l'accord conclu avec le commissaire Robert Blémant (cf. article qui lui est consacré) en 1945 : En l'échange des quelques avantages (il se verra entre autre accorder la gestion de quelques établissements), le flic corrompu apporte aux deux frères l�ensemble des éléments leur permettant de chasser les anciens collabos. Le contrat rapporte gros : les Guérini se servent des dossiers du commissaire pour faire pression sur des tenanciers et font main basse sur un grand nombre d'établissements pour des prix dérisoires : Commerces, boîtes, hôtels, maisons de passes du Sud de la France tombent dans leur escarcelle. A la fin des années 1940, c'est avec Jo Renucci que les caïds se lient. L'objet de ce rapprochement ? Le trafic de cigarettes. Un trafic entre Tanger et la Corse (ainsi que la Côte d�azur) qui va rapporter des dizaines de millions de francs aux Renucci, Guérini, Luciano, Blémant, Francisci ou autre Venturi. Les deux frères peuvent flamber. Cadillac, meilleures tables, vacances luxueuses... rien ne leur échappe.

En 1947, la tension internationale se fait de plus en plus forte. L'influence communiste s'étendant de plus en plus, la menace devient palpable. Les Guérini se rangent alors délibérément dans le camp anti-communiste et n'hésitent pas à proposer au maire gaulliste de Marseille d'assurer sa protection. Une protection qu'il vont assurer en compagnie de Marcel Francisci. Cette offensive anticommuniste, menée conjointement par les Guérini en compagnie de la CIA et de Ferri-Pisani, est une réussite. Ferri-Pisani étant son véritable rival politique, Deferre voit d'un mauvais oeil le succès de cette offensive. Une victoire dans le lutte contre les communistes améliorerait considérablement l'image de Ferri-Pisani. Cet épisode prouve la finesse du clan Guérini : Quoiqu�il se passe entre les deux leaders socialistes, ils bénéficieront toujours d'un soutien. En effet, alors que Mémé reste proche de Deferre, Antoine, le chef de gang, soutient Ferri-Pisani. Un véritable numéro d'équilibriste. Par contre, lorsqu'ils sentent le vent tourner, ils n'hésitent pas à faire volte-face : en 1953, quand Deferre accède à la mairie de Marseille, les deux frères se mettent dans sa roue. Exit donc le battu Ferri-Pisani. Mais en bon stratèges, ils continuent à ne pas mettre leurs oeufs dans le même panier. La lutte anti-communiste leur ayant permis de nouer des liens avec les Gaullistes, pourquoi s'en priver� les contacts entre les caïds et le parti de droite restent donc d'actualité malgré le soutien au Maire socialiste.


Intouchables

A droite, à gauche, les Guérini sont partout. Ils deviennent très rapidement intouchables. D'autant plus intouchables qu'ils bénéficient d'un soutien policier : ils ont en effet derrière eux le ministre de l'intérieur Jules Moch, qui leur est reconnaissant d'avoir lutter contre les grévistes durant l'épisode de la Guerre Froide. L'argent, des soutiens infaillibles, les activités des Guérini explosent. Ils peuvent trafiquer en toute sécurité. Les filles se comptent par milliers (le clan gère, contrôle et approvisionne près de 250 établissements en France et en Afrique du Nord), la contrebande (cigarettes, piastres...) marche du feu de dieu et les trafics en tout genre rapportent des montagnes d'argent.

Au début des années 1950, les multicartes que sont les Guérini vont rajouter une corde à leur arc. C'est en effet à cette époque que la French Connection va prendre son véritable envol. Comme l'écrivent Follorou et Nouzille dans leur ouvrage « Les Parrains corses », les policiers français et américains sont persuadés de l'implication très précoce des Guérini dans le trafic de drogue. Alliés à Jo Renucci et à Lucky Luciano (le « capo di tutti capi »), ils sont suspecté d'avoir leurs propres laboratoires et de fournir les autres clans corses en opium et en héroïne. Les américains sont au courant de leurs activités de trafiquants de drogue mais, ne pouvant bénéficier d'un soutien français (la France ne prenait à cette époque pas le problème de la drogue avec sérieux), ils ne peuvent rien contre les deux frères. Après les cigarettes, voici donc le trio réuni autours de la poudre. Pour anecdote, selon sa fille (auteur du livre « La saga Guérini »), Mémé, au contraire d�Antoine, était totalement opposé à l'héroïne. Il faut dire que les caïds avaient fait la promesse à leur père de ne jamais toucher à la drogue. Toutefois, les réticences de Barthélémy ne dépasseront jamais le stade de vaines protestations.

D'avis différents, les deux frères ont également un caractère opposé. Tandis qu'Antoine à la réputation d'être implacable, calculateur, relativement austère et tourmenté, l'autre apparaît comme diplomate, gentil, joueur, souriant et affable. Mémé, grand, sec, cheveux gominés, aime flamber et côtoyer les personnalités (Delon, Tino Rossi...). Son caractère joyeux fait de lui une figure très appréciée du Milieu. Cela ne l'empêche pas d'être craint : l'homme n'apprécie guère qu'on lui manque de respect. Ces différences de tempérament constituent peut-être la force de ce clan mythique.

Riches, allure de businessman, les Guérini vivent comme des princes. Ils ont chacun leur Mercedes (bleu nuit avec ses initiales pour Antoine, blanche pour Mémé), l'un vit dans une somptueuse villa marseillaise, l'autre dans un luxueux appartement au centre ville de Marseille. On est alors au début des années 1960. Les deux hommes sont véritablement à leur apogée. Vénérés, considérés comme des bienfaiteurs, ils sont également craints et ne pointent jamais le bout de leur nez sans une armée de gardes du corps. On a bien ici affaire à des voyous respectables, connus dans toute la France, comme le furent en leur temps Carbone et Spirito. Hommes d'affaire, grands avocats, vedettes du show-biz, grands journalistes, personnalités politiques, magistrats, l'entregent des Guérini est impressionnant. C'est davantage Mémé (dont le caractère s'y prête particulièrement bien) qui prend en charge les « relations publiques » en recevant tout ce beau monde dans son Grand Hôtel Méditerranée sur le Vieux-Port ou dans ses boîtes de nuit. En parallèle, leurs avocats invitent les magistrats marseillais aux meilleures tables de la région. Bref, à force de services rendus, les Guérini obtiennent ce qu'ils veulent de qui ils veulent, y compris de la Police.

Toutes ces paillettes ne sont toutefois qu'une façade. L'envers du décor est beaucoup plus glauque. Les truands corses sont en effet suspectés de plusieurs affaires de meurtres. En 1945, un ami de la famille, en la personne de Toussaint Leca est descendu à Paris par René Jean, pour un motif futile (une réflexion un peu déplacée semble-t-il). Dix jours plus tard René Jean est retrouvé mort. Quatre ans plus tard, les Guérini sont mêlés à une autre affaire. Le 9 juillet 1949, l'un des meilleurs ami de Mémé, Mathieu Costa, est sauvagement poignardé à Paris dans un règlement de compte. Dans sa chambre d'hôpital, il donne le nom de son agresseur à ses amis : un certain Jeannot le Fou. Pauvre de lui... Le 1er août, Mémé le fait abattre. Moralité ? on ne touche pas aux amis des Guérini.


Les Guérini laissent filer Deferre

A cette époque, les deux caïds sont toujours derrière Gaston Deferre, alors Maire de Marseille. Bien que chacune soit utile à l'autre, les relations entre les deux parties restent tout de même ambiguës : Alors que Mémé (celui qui connaît le mieux Deferre) se méfie du machiavélisme du Maire, ce dernier est lui aussi méfiant vis-à-vis de Barthélémy, n'ose pas dévoiler au grand jour ses relations avec les Parrains et fait tout pour les cacher. L'homme politique est alors plein d'ambition, au point de vouloir défier De Gaulle aux présidentielles (un projet qui avortera en1965). Peur d'être trop exposés du fait d'une telle initiative politique, les Guérini s'éloignent alors du Maire socialiste pour se rapprocher des Gaullistes. Malgré tout, Mémé continue de le soutenir aux municipales de 1965 alors que de son côté Antoine soutient la liste Gaulliste. La tactique est maintenant bien rôdée. Mais cette fois, Gaston Deferre, finalement sorti vainqueur, n'est pas dupe : sentant s'être fait trahi par les Guérini, il leur vouera une rancune tenace et cherchera alors à les remplacer. Les Parrains viennent ainsi de perdre un soutien de poids. Premier véritable souci dans un règne jusqu'alors sans accroc.

Peu importe. Ils perçoivent des commissions sur les quelques 2000 prostituées de Marseille (selon « Les Parrains corses », tout proxénète désirant mettre une nouvelle fille sur le trottoir doit leur verser 3000 francs) , contrôlent des dizaines de boîtes et maisons closes, bénéficient des revenus de la contrebande de cigarettes et du trafic d'héroïne, ce n'est pas la perte d'un soutien qui va gripper la belle mécanique. Une mécanique qui marche tellement bien que les caïds peuvent se permettre de s'éloigner des opérations. Bénéficiant de la confiance de tout le Milieu, ils se contentent de gérer, gardent un oeil sur les finances. Bref, ils n'exécutent pratiquement plus (surtout Mémé, qui semblait alors s'éloigner un peu des affaires), mais contrôlent. Ce sont maintenant de véritable Parrains. Juge de paix, Mémé distille ses conseils auprès des autres voyous et arbitre les affaires des bandes rivales.

Faire office de juge de paix n'est toutefois pas de tout repos. Mémé l'a appris à ces dépends au début des années 1960. En effet, à cette époque, un de ses vieux amis, se sentant menacé par d'anciens associés, fait appel à lui pour une protection. Mémé accepte. Mal lui en a pris. Mêlé à l'affaire, il est inculpé pour « association ou entente en vue de commettre des infractions». Verdict ? trois ans avec sursis et 36000 francs d'amande. D'autant plus rageant que son ami va tout de même se faire assassiner quelques années plus tard...


Le jeu, un ami qui vous veut du mal

Les Guérini ne sont pas rassasiés. Cette fois, c'est vers le monde du jeu que les truands désirent se tourner. Il faut bien avouer que l'activité présente un double intérêt : Non seulement elle offre des bénéfices importants, mais en plus elle constitue une magnifique source de blanchiment. Pour entrer dans ce milieu, il compte s'appuyer sur leur lieutenant Robert Blémant qui dispose d'un entregent intéressant dans le monde des jeux. Dans un premier temps, les Guérini et Blémant s'associent à Jean-Baptiste Andréani. Truand notoire, celui-ci, associé, outre les Guérini et Blémant, à Gilbert Zénatti, Antoine Peretti et Marcel Francisci, investi sa fortune dans Le Grand Cercle, le plus huppé des clubs de la Capitale. Le Grand Cercle connaît alors un succès phénoménal. Rusé, Andréani se met alors en tête de devenir le seul maître à bord. Ses contacts lui permettent de faire interdire de jeu Zénatti en 1960. Dans la foulée, il parvient à évincer Peretti. Puis c'est le tour de Francisci, non satisfait de la faible participation qu'on lui accorde, qui décide de partir de son propre chef. Blémant se retrouve alors isolé contre le clan Guérini-Andréani. Il ne compte toutefois pas se laisser faire, ce qui va engendrer ce qu'on va appeler « la guerre des jeux », laquelle fera huit victimes, dont Robert Blémant, abattu le 4 mai 1965. Une mort qui va sonner le glas de l'empire Guérini.

Blémant était sans nul doute un homme de poids dans le Milieu. Pour preuve, en plus des figures habituelles du banditisme français, des caïds de certaines des plus grandes villes d'Europe viendront se recueillir devant sa dépouille. Et ceci, les Guérini ne l'ont peut être pas suffisamment pris en compte. Ce sont en effet eux qui ont donner le feu vert pour lancer l'exécution de leur ancien lieutenant. Enfin, Antoine tout du moins, car Mémé était totalement opposé à cette expédition punitive. « Si tu décides de faire ça, nous allons droit à la catastrophe » disait-il à a son frère (propos rapportés par M.C. Guérini dans « La Saga Guérini »). On pourra dire avec du recul qu'il avait bien évalué les conséquences d'une telle manoeuvre. Mais Antoine était décidé : Blémant devait disparaître. Il le suspectait de vouloir s'attaquer directement à son empire en se liant aux jeunes loups du mitan, telles que Gaétan Zampa.


L'empire s'écroule

Suite à cet assassinat, les Guérini, jusqu'alors respectés, admirés, soutenus par tous, deviennent les « hors-la-loi » du Milieu. On ne leur pardonne pas d'avoir fait appel à des tueurs à gage pour laver une querelle. Même leurs amis politiques les lâchent et se tournent vers d'autres pour assurer le bon déroulement de leurs campagnes. Pour les Guérini, l'affront est dur à avaler. D'autant qu'au même moment, les proches du commissaire lancent une vandetta. En février 1966, un lieutenant des Guérini est enlevé puis tué après un détour dans la cave du Bar des Trois Canards (voir article sur la bande des trois canards). Toujours en Février, c'est un des tueurs de Blémant qui est descendu tandis que le chauffeur de la voiture qui conduisaient les tireurs connaît le même sort en Espagne durant la même année.

Pendant ce temps, les Guérini sont de plus en plus anxieux. Antoine notamment. Il a de quoi l'être. Le 23 juin 1967, Antoine Guérini va faire le plein de sa Mercedes à Marseille, accompagné de son fils. C'est ce dernier, alors bientôt âgé de 18 ans, qui est le volant. Alors qu'Antoine ouvre la portière, une moto rouge s'approche et se gare tranquillement à proximité de la voiture. Le conducteur met pied à terre. Il n'est pas seul. Le passager fait de même. Muni de deux pistolets 11.43, le tueur tire à travers le pare-brise puis achève son chargeur sur la victime. Antoine n'a pas eut le temps de riposter. Il était alors âgé de 65 ans. On ne saura jamais qui a fait le coup. Certains parlent d'anciens proches de Blémant (Zampa ?), d'autres de proches de Francisci, avec qui Antoine a eut une grosse altercation peu de temps auparavant au sujet d'une histoire de Racket.

Les obsèques ont lieu de 27 juin 1967 dans le fief de la famille, le village de Calenzana. Plusieurs vols spéciaux sont affrétés pour permettre aux artistes, hommes politiques, figures du Milieu d'assister au cortège, qui se déroulera devant plus de 2000 personnes. Pendant l'enterrement d'Antoine, deux individus cambriolent la villa du défunt. Lorsqu'il apprend à qui il a réellement affaire, un des cambrioleurs part se réfugier en Espagne, non sans avoir subit un tabassage de la part des hommes de main des Guérini. L'autre n'en aura pas le temps est sera tué de huit balles dans le corps. Mémé, en compagnie de son frère Pascal et de deux gardes du corps, sont suspectés de l'avoir abattu après une promenade nocturne en Mercedes. Toujours est-il que le 4 août 1967, des policiers débarquent au Grand Hôtel Méditerranée pour arrêter Mémé, 59 ans, et cinq de ses complices. Les hommes sont écroués aux Baumettes. Cette fois, personne n'a pu sauver Mémé Guérini. Ses frères Pascal et François connaîtrons le même sort. Le second mourra en prison d'une crise cardiaque. C'est donc la fin du clan Guérini. Le 16 janvier 1970, Mémé est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Libéré pour raison de santé en 1978, il meurt d'un cancer le 1er mars 1982.

Le plus grand clan de l'histoire du Milieu s'est donc effondré de manière brutale après un règne d'une trentaine d'années. Les ultimes tentatives d'extension de leur empire, voulues par Antoine, leur ont été fatales. Aveuglé par la puissance qu'il dégageait, Antoine s'est probablement senti intouchable au point de se sentir capable de pénétrer dans un nouveau milieu (celui des jeux) loin de ses bases marseillaises et surtout sans alliés fidèles. Après le règne du duo Carbone et Spirito, les « créateurs » du Milieu, on peut véritablement dire que les Guérini ont fait passer ce Milieu, comme le disent si bien les auteurs des Parrains Corses, d'une logique d'artisanat agricole à une logique industrielle. Jamais jusqu'alors les trafics n'avaient pris de telles ampleurs, jamais autant d'établissements n'étaient entrés entre les mains d'un clan, jamais les prostituées taxées ne l'avaient été par milliers, jamais le jeu des alliances n'avait été aussi élaboré, jamais...


Article évoquant les éventuels liens entre l'assassinat de Kennedy et le clan Guérini >>>CLICK ICI
# Posté le lundi 01 août 2005 05:42
Modifié le vendredi 25 mai 2007 06:37

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